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Les carnets de voyage de Charles CONTEJEAN

mardi 18 janvier 2011, par Mitch

Des voyages autour de la Méditerranée

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Les carnets de voyage de Charles CONTEJEAN

A partir de 1882, Charles Contejean va entreprendre des voyages touristiques autour du bassin méditerranéen et ce, jusque en 1888.

Pour quelles raisons a-t-il attendu si longtemps pour partir ? Il n’en dit rien et l’on ne peut qu’envisager diverses hypothèses : le décès de son épouse en 1878 le laisse seul et sa fille de 15 ans est mise en pension ; il est en fin de carrière et son salaire est maintenant conséquent ; le tourisme s’ouvre à ces contrées, qui, pour certaines encore, étaient peu de temps auparavant hostiles aux Européens, voire en guerre contre eux ; de plus, les voyages ne lui font pas peur et, enfin, il a rêvé toute sa vie de voir l’Orient…

En septembre 1882, il se rend à Naples et fait l’ascension du Vésuve ; puis il gagne la Sicile et après avoir gravi l’Etna, se rend sur les sites archéologiques de Syracuse et d’Agrigente (aujourd’hui Girganti).

En septembre 1883, il revient à Naples mais cette fois-ci pour se rendre dans l’île d’Ischia où, deux mois auparavant, en juillet 1883, a eu lieu le tremblement de terre le plus dévastateur de l’histoire de cette petite île.

En septembre 1885, il traverse pour la première fois la Méditerranée et visite Tunis. Il va bien entendu arpenter les ruines de Carthage. De la Tunisie, il se rend en Algérie, à Constantine, puis descend vers le sud dans le désert, d’abord à Biskra, puis à Mécharia afin de voir de ses propres yeux la mer de l’Alfa. L’Alfa ou halfa est une graminée (Stipa tenacissima L) qui se présente en touffes denses, à feuilles longues et coriaces et peut atteindre 1m de hauteur. L’Algérie possède les populations les plus étendues d’où le lieu-dit Mer de l’Alfa. Sûrement, revient-il en France via l’Espagne et Malaga où il assiste à une exécution d’un condamné à mort

En septembre 1886, il se rend au Portugal

Enfin, en septembre 1890, son rêve se réalise, puisqu’il visite Constantinople et la péninsule hellénique.

Une riche personnalité dévoilée

Dans ses carnets, nous découvrons un autre Contejean. Certes, il fait de la botanique, sa passion de toujours, et de la géologie ; mais il visite surtout les lieux mythologiques qu’il a étudiés dans son enfance. En effet, il est titulaire du bac es-Lettres et il maîtrise le latin et le grec. La découverte des civilisations anciennes le passionne et il connaît parfaitement l’histoire des cités grecques et latines. Dans ses carnets, on le découvre en outre numismate, philologue, ethnologue et mélomane (il déteste la musique moderne : Verdi, Wagner et Berlioz et adore Rossini et Weber). On le trouve parfois pingre mais généreux avec ceux qui l’aident ou avec les nécessiteux. Il aime la bonne chère, le bon vin et les bons cigares. Il revendique l’absinthe et évoque le « Perrenod : c’est ainsi qu’on appelle l’absinthe en Algérie, du nom du célèbre fabricant de Pontarlier ». Il s’explique même pour légitimer ses faiblesses : « Je supplie le lecteur, qui me voit revenir si souvent sur le boire et le manger, de ne pas me prendre pour un homme adonné plus qu’il ne convient aux appétits sensuels : en signalant les gîtes à recommander au-delà des monts, je crois bien mériter de mes contemporains. »…Et il évoque aussi, de jolie manière, les dames de petite vertu des rues de Vienne en les appelant les petites ambulantes diurnes et nocturnes ! Il voyage tout le temps avec une simple petite valise à main, afin de ne pas être bloqué lors de la difficile épreuve de récupération des bagages.

Son esprit vif et formé à la description scientifique systématique nous offre une galerie de portraits dont la truculence n’a d’égal que la mise en valeur du moindre détail. Bien que quelques-uns de ses propos pourraient être considérés comme racistes sous l’éclairage de la réflexion du XXIe siècle, personne en fait (Juifs, Arabes, Espagnols, Italiens, Français…) n’échappe à sa critique chirurgicale ou à son enthousiasme d’enfant : il suffit de lire sa comparaison des habits amples et adaptés des Arabes par rapport à ceux étriqués des Européens pour se rendre compte que sa logique est prioritaire et qu’il déteste et refuse par dessus tout, la bêtise, l’ignorance et le superficiel.

Ch. Contejean nous montre différentes facettes de sa personnalité. Son regard scientifique se pose sur le moindre détail lié à un événement dont il est témoin ou acteur. Citons par exemple sa description de la construction d’un échafaud en bois à Malaga ou son étude de la ressemblance des chiens errants avec les coyotes, alors qu’il vient tout juste de se faire attaquer par eux. En outre, Ch. Contejean se positionne en vulgarisateur ; tout décrire, tout raconter, tout expliquer est pour lui un devoir soit au travers de conférences grand public, soit dans sa volonté de servir de guide aux futurs voyageurs, jusqu’à mettre à leur service sa « passion » et sa curiosité pour la nourriture, la boisson et le tabac ! Enfin, il sait se faire poète dans de nombreuses descriptions, telle l’évocation des immensités désertiques du sud algérien.

S’il veut voyager seul et faire ce qui lui plaît, il sait s’entourer de guides sur le terrain et d’hôtes pour lesquels il possède de nombreuses recommandations de ses amis universitaires français et étrangers. Au gré des discussions dans les interminables trajets ferroviaires ou de diligence, il lie volontiers connaissance et apprécie l’intelligence d’esprit et la témérité de ses compagnons de voyage.

De nombreuses publications et une ré-édition bien méritée

Contejean, comme à l’accoutumée, publie tout. Il en va de même de ses carnets de voyage, au nombre de 11 publications avec l’une d’entres elles, publiée dans deux revues différentes. Les touristes sont rares dans ces contrées où les dangers sont réels et la débrouillardise nécessaire, ce qui n’est pas sans déplaire à Contejean, qui négocie tout et calcule tout. Contejean utilise le tout premier guide touristique de poche : le Baedeker.

Enfin, ses carnets de voyage sont des témoignages de la découverte de contrées encore mystérieuses et exotiques par les Européens. C’est la fin des guerres de conquête et le début d’un colonialisme qui va durer près d’un siècle encore. Par instant, Ch. Contejean entraperçoit ce que sera l’exploitation des autochtones par les Européens.

L’ensemble de ses carnets de voyage ont été ré-édités par le muséum Cuvier de la Ville de Montbéliard et mis en vente au musée Beurnier-Rossel et au Château.