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Contejean et la géologie

mardi 18 janvier 2011, par Mitch

Le Kimméridgien du Pays de Montbéliard

Grâce à sa rencontre, à la fin des années 1840, avec le célèbre botaniste et géologue de Porrentruy, Jules Thurmann, Charles Contejean s’initie à la géologie et part, en 1856, étudier en Licence à la faculté de Besançon. Après trois années d’études en géologie, il soutient sa thèse le 20 juin 1859 :

Le Kimméridgien représente la partie supérieure de l’étage géologique Jurassique et date de –155,7 à –150,8 millions d’années selon les techniques modernes. C’est un des terrains les mieux représentés dans le Pays de Montbéliard (le rocher du Château, par exemple).
Cette thèse permet à Contejean d’affirmer le rôle prépondérant des fossiles dans la délimitation et la datation des terrains géologiques, comme l’avait montré Georges Cuvier en 1811 et comme tout géologue du XXIe siècle en est convaincu.

Les nouvelles espèces de fossiles décrites par Contejean, essentiellement des lamellibranches, sont, pour une grande part, toujours considérées comme bonnes. En effet, il n’existe plus aujourd’hui en France, ni en Suisse, de paléontologues universitaires spécialistes des lamellibranches du Jurassique supérieur ! Toute sa collection est actuellement dans le centre de conservation du muséum Cuvier.

En 1866, Charles Contejean apporte des modifications et des additifs à son œuvre, en corrigeant quelques erreurs stratigraphiques.
Actuellement, son travail est toujours une référence, même si la partie inférieure de son Kimméridgien est intégrée dans l’Oxfordien.

« Eléments de Géologie et de Paléontologie »

En 1874 : Contejean publie un travail monumental ; il s’agit des « Eléments de Géologie et de Paléontologie ». L’ouvrage comprend 747 pages avec 467 figures intercalées dans le texte.
En fait, c’est la version écrite de ses cours à la Faculté des Sciences de Poitiers. Cet ouvrage deviendra le livre de chevet de plusieurs générations d’étudiants en géologie et paléontologie à la fin du XIXe siècle.
Il s’agit d’un recueil de toutes les connaissances en géologie et en paléontologie de l’histoire de notre planète. Charles Contejean s’appuie sur ses travaux précédents et nombre de ses exemples font référence aux sites de Franche-Comté.
Ainsi, on ne peut qu’admirer l’esprit de synthèse et de vulgarisation de Contejean dans cet ouvrage, n’hésitant pas pourtant, comme il l’a toujours fait, à apporter son résonnement personnel aux théories du moment avec lesquelles il lui arrive de ne pas être très tendre.

Au-delà de son travail, ce livre nous permet d’entrevoir la vision des sciences de la Terre à l’époque de Contejean. Curieusement, les cratères de la lune sont considérés comme volcaniques et non météoritiques. De même, Contejean avoue sa totale méconnaissance des profondeurs marines dans leurs dimensions et leur contenu. La présence de vie dans ces profondeurs est encore un sujet de discussion à son époque.
Il en va de même pour la connaissance de la structure profonde de notre planète ; elle s’avère être encore plus embryonnaire et Contejean présente les deux théories qui s’affrontent : celle qui envisage le refroidissement progressif de la planète depuis son centre, et celle qui préconise l’inverse.
Au milieu du XIXe siècle, la théorie orogénique qui prévaut est celle de Elie de Beaumont : toutes les chaînes de montagnes parallèles au même grand cercle de la Terre ont le même âge, et entre ces mêmes cercles une relation de symétrie existe sous la forme d’un réseau pentagonal. Contejean, en homme de terrain, va contester cette théorie : il a arpenté tout le Jura et les Vosges, le Massif Central et les Pyrénées, et il se doute bien que la Nature est infiniment plus complexe qu’un réseau géométrique définissant tous les accidents de notre planète.

Dans la dernière partie de l’ouvrage, Contejean nous présente, époque après époque, tous les âges de la Terre et tous les habitants qui l’ont peuplée, en essayant de reconstituer l’environnement. C’est une véritable encyclopédie paléontologique.
Ainsi, Charles Contejean nous permet de prendre connaissance de l’état de la jeune science géologique à cette époque, comme il le précise lui-même : « Encore mal établie, et variant au gré des auteurs, la nomenclature géologique, ou la manière de dénommer les terrains, est encore à créer. »

Contejean et l’évolution biologique et humaine

Contejean aborde ce sujet dès les années 1860. A l’époque, il commente les découvertes de Jacques Boucher de Perthes (le père fondateur de l’archéologie scientifique), d’abord avec scepticisme en 1860 et en 1861 puis avec conviction en 1867 devant l’accumulation des découvertes. Contejean n’a plus aucun doute sur l’ancienneté de l’Homme et l’exprime dans sa conférence sur les « Premiers habitants de l’Europe » qu’il publie en 1867. Contejean n’hésite pas à vulgariser devant un public non spécialisé un sujet d’actualité complètement nouveau pour l’époque et ô combien polémique. D’ailleurs, à cette époque, rares sont les universitaires qui évoquent leurs travaux devant un public non averti…

Lorsqu’il reprend ce sujet en 1872, Contejean nous permet d’entrevoir les idées françaises sur la toute nouvelle théorie de l’Evolution proposée par Charles Darwin en 1859. Comme bon nombre de savants français, il se méfie au début, n’ayant pas lu forcément l’ouvrage en anglais, sachant que les premières traductions françaises étaient de mauvaise qualité, puis semble adhérer à l’idée de la transformation des espèces. Mais, même si cela le séduit, il n’en attend pas moins des preuves qui manquent encore selon lui. Néanmoins, dans tous les cas, il réfute une création uniquement divine.
Contejean intègre les nouvelles théories comme celle de la récapitulation embryonnaire selon les idées de l’allemand Ernst Haeckel (1834-1919), qu’il évoque comme étant une admirable découverte de la science moderne.
Par contre, Charles Contejean n’est pas du tout convaincu d’une idée reçue de cette époque : la hiérarchisation des espèces vivantes, avec les bactéries comme organisme le plus frustre et, bien sur, l’espèce humaine comme la plus parfaite. Il se demande du bout des lèvres, et à juste titre, si chaîne des êtres il y a.

Pour finir, laissons la conclusion du débat entre les créateurs et les transformistes à Contejean :
"Dans l’état actuel de la science, se prononcer sans réserve pour l’une ou l’autre théorie, c’est faire acte de foi plutôt que de raisonnement. […] En dépit de ma longue et sévère critique du transformisme, mes préférences lui sont acquises.
C’est que l’hypothèse est simple et naturelle, tandis que celle des créateurs répugne à notre intelligence, puisqu’elle suppose le miracle. […] La théorie des créations est condamnée par le raisonnement et par les faits. "

Que Contejean serait abasourdi et abattu s’il était parmi nous aujourd’hui, car il verrait les intégristes de tous bords et du monde entier se mobiliser contre cette science – l’évolution biologique – que les savants de l’époque de Contejean nommaient transformisme et qui a fait pourtant tant de progrès à travers tant de découvertes.
L’obscurantisme est un phénix dont on ne se méfie pas suffisamment et qui provoque des drames que l’on pourrait éviter si l’éducation des connaissances biologiques était renforcée et appliquée.