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Contejean et la botanique

mardi 18 janvier 2011, par Mitch

Charles CONTEJEAN et la botanique

Charles CONTEJEAN est initié à la botanique dès 1842 par Pierre-Frédéric WETZEL, un amateur passionné, puis s’intéresse à l’influence physique des terrains sur la végétation quelques années plus tard sous l’influence de Jules THURMAN, qu’il considère comme son maître.

A partir de 1850, il est nommé conservateur du tout nouveau Musée (qui deviendra le Musée du Château de Montbéliard) et entreprend la confection d’un herbier du Pays de Montbéliard, qu’il publie 4 ans plus tard sous le titre « Enumération des plantes vasculaires de la flore de Montbéliard ».
Il ne cessera, dans les années suivantes, de compléter ce travail.

Sa carrière professionnelle a ensuite amené Contejean à voyager en France (le sud, le Massif Central, le littoral atlantique…) et à l’étranger (bassin méditerranéen, Europe Centrale et Orientale).
C’est pour lui l’occasion de se familiariser avec les flores locales, mais également de remettre en cause les principes de Thurman, auxquels il avait adhéré : c’est désormais l’influence chimique du sol (notamment des minéraux : calcaire, mais aussi soude, potasse, silice…) qui lui semble prépondérante. Il publie ses thèses en 1881 dans « Géographie Botanique, influence du terrain sur la végétation ».

Ce travail débouche sur un classement écologique des plantes avec, comme principales catégories, les éléments maritimes, calcicoles et calcifuges. Cet ouvrage est considéré comme un des tout premiers travaux sur l’écologie en France, science inventée en Allemagne vers les années 1860.

En 1893, Charles Contejean entreprend la confection d’un herbier du Pays de Montbéliard : cette magnifique collection, qu’il donnera à l’Institut de botanique de l’Université de Besançon (faute de place à Montbéliard, paraît-il), comptait 12000 espèces !
A noter qu’il fera en parallèle un herbier d’enseignement, ne comportant que les plantes les plus communes.

Analyse de son herbier

L’inventaire de l’herbier, qui comporte 1828 planches, recense 1362 plantes récoltées et déterminées par Ch. Contejean.

Claude Antony, botaniste à la Société d’Histoire Naturelle du Pays de Montbéliard, a vérifié et actualisé la nomenclature de l’ensemble des taxons.

Une kyrielle de collaborateurs

  • Xavier Vendrely (1837-1908), pharmacien à Champagney (62 plantes intégrées dans l’herbier de Ch. Contejean)
  • L. Pourchot (1830-1894), maire de Chaux (36)
  • Charles-Louis Parisot (1820-1890), pharmacien à Belfort (31)
  • Lucien Quélet (1832-1899), médecin à Hérimoncourt (24)
  • Léon Bernard, vérificateur des poids et mesures à Montbéliard (18)
  • A. Runacher, inspecteur forestier (18)
  • Adolphe-Célestin Nicollet (1803-1871), pharmacien à La Chaux-de-Fonds (17)
  • Pierre-Frédéric Wetzel (1764-1844), tanneur à Montbéliard (17)
  • Pierre Bonnaymé (1829-1918), du Territoire de Belfort (12)
  • Mlle Dorian de Montbéliard (10)
  • Frédéric Kirschleger (1804-1869), professeur à l’Ecole Supérieure de Pharmacie de Strasbourg (9)
  • Tuefferd de Montbéliard (8)
  • A. Brouillard (7)
  • abbé Fétel, professeur à Consolation (7)
  • pasteur Félix Kuhn (1830-1914) (6)
  • J. Paillot, pharmacien à Rougemont (6)
  • G. Louys (5)
  • Joseph Strich (1863- ?), ajusteur à Montbéliard (5)
  • Flamand de Montbéliard (3)
  • Joly, garde général des forêts au Russey (3)
  • J-B Carteron, propriétaire à Grand’Combe-des-Bois (2)
  • J. Cordier, employé des douanes (2)
  • Léonard Faivre, médecin à Maîche (2)
  • F.J. Montandon, médecin à Delle (2)
  • Charles-Henri Godet de Neuchâtel en Suisse (2)
  • Guillemin, instituteur à Clerval (2)
  • Jules Thurmann (1804-1855), professeur à Porrentruy (2)
  • Berthet de Chaillexon (1)
  • Charles Grenier (1808-1875), professeur à l’Université de Besançon (1)
  • V. Madiot (1)
  • pasteur Moul (1)
  • François Renauld, militaire (1)
  • pasteur Roy de Montbéliard (1).

Une flore actuelle profondément modifiée

Nous ne connaissons pas dans le détail l’abondance de chaque plante à l’époque de Ch. Contejean. Il faudrait reprendre toutes ses notes pour en approcher l’évaluation. Cet important travail reste à faire. En revanche, nous pouvons fournir une estimation sur la flore actuelle.
Il en ressort que 17% des plantes mentionnées par Ch. Contejean sont considérées aujourd’hui abondantes, 27% communes, 34% rares et 7% semblent disparues. Ainsi, 100 plantes n’appartiennent plus à notre flore en un peu plus d’un siècle !

Les plantes introduites et accidentelles

Dans les années 1850, le train arrive à Montbéliard depuis Besançon. Ch. Contejean observe très vite, qu’en plus des voyageurs et des marchandises, des graines de plantes nouvelles arrivent par ce moyen de transport. Il va régulièrement visiter la gare de Montbéliard et découvre des plantes dont certaines viennent de contrées plus chaudes.

Le canal qui traverse la ville est également favorable aux introductions. Contejean mentionne donc ces découvertes ; le bilan représente presque 12% de la flore locale de l’époque, et ce, en un peu moins d’un demi-siècle ! Ces migratrices existent encore aujourd’hui dans une proportion d’un tiers.

D’autres plantes sont liées aux cultures vivrières (céréalières, fourragères, alimentaires), industrielles de l’époque (plantes textiles, tinctoriales,…) et ornementales.

Les plantes ignorées par Charles CONTEJEAN

En revanche, de nombreux taxons ont enrichi (voire pour certains envahi) notre flore depuis l’époque de Ch. Contejean. 162 espèces trouvées postérieurement dans les environs de Montbéliard ne sont pas signalées dans le catalogue de Contejean.

L’expérience du passé a montré qu’ignorer ces introductions pouvait entraîner des situations parfois irréversibles et dangereuses pour la biodiversité et la survie de la flore locale.

Plantes bénéficiant d’un statut de protection

Dans la liste des plantes connues de Ch. Contejean, 42 font l’objet aujourd’hui d’une protection régionale ou nationale du fait de leur rareté ou de leur vulnérabilité. Une grande majorité provient de milieux humides et de milieux ouverts qui, depuis l’époque de Ch. Contejean, ont fortement diminué sous la pression anthropique.

Sur l’évolution de la flore

L’apparition et la disparition d’espèces peuvent être attribuées à différentes causes dont certaines n’existaient pas à l’époque de Ch. Contejean, comme la déprise agricole, l’assèchement des zones humides, une agriculture intensive, plus mécanisée, l’utilisation excessive d’herbicides et des fauchages plus nombreux et de plus en plus précoces. Un traitement en futaie régulière pour certaines forêts, une urbanisation galopante qui souvent ne respecte pas les surfaces tampons avec le milieu forestier, des tontes répétées des bords de routes, sans que cela ne soit pas toujours justifié, des traitements sévères des ourlets et manteaux forestiers… sont des éléments qui participent à la disparition d’espèces et à la banalisation des milieux.

D’autres pratiques peuvent être à l’origine d’introductions provoquant parfois des disparitions. Les grands aménagements routiers (comme ceux liés à la construction des autoroutes) ouvrent de nouveaux couloirs migratoires pour les plantes. La prolifération des jardins d’ornement, conséquence de la civilisation des loisirs, le fleurissement généralisé des villes et des villages ont favorisé l’introduction d’espèces exotiques et multiplié les cultivars. Si certaines de ces plantes s’échappent sans dommages, d’autres font leur place dans notre flore autochtone en éliminant certains de ses éléments : ce sont des espèces qualifiées d’invasives.

Et demain, qu’en sera-t-il du réchauffement climatique, dont on perçoit déjà les effets sur la végétation ? Et des espèces dites « transgéniques » qui, semble-t-il, ont tendance à s’échapper d’enclos où elles étaient supposées rester bien sagement ?

Conclusion

Ainsi, les herbiers sont des témoins tangibles de l’évolution récente de notre environnement. Les échantillons sauvegardés, datés, parfaitement localisés, nous renseignent, sans faire appel à la photographie, sur les paysages et milieux d’autrefois. La Vouivre, immense plaine humide à la biodiversité richissime, est aujourd’hui remplacée par une autoroute et des usines de fabrication de voitures. Nous pourrions multiplier ce type d’exemples dont seuls les herbiers en gardent la mémoire.

Les planches de plantes disparues ou nouvellement découvertes sont donc de précieux indices de nos modes de vie, de nos pratiques… de nos erreurs, de nos égarements. Ils témoignent des bouleversements de notre cadre de vie, qui peuvent être à l’origine de catastrophes : inondations, pollutions, destructions…

Devant l’ampleur de ces désastres, ne soyons pas aveuglés par une vision à court terme, par de mauvais choix. Essayons de mettre un frein au vide biologique, à l’uniformité, événements consécutifs à l’exploitation irréfléchie de notre planète.