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Contejean et la climatologie

mardi 18 janvier 2011, par Mitch

62 ans d’archives climatiques montbéliardaises

L’ami et maître de Charles Contejean, Jules Thurmann, décide à la fin des années 1840 de créer une ligne d’observateurs en météorologie, de Porrentruy à Montbéliard. Charles Contejean, qui se passionne pour cette science toute nouvelle, adhère au projet et devient l’élément moteur pour le Pays de Montbéliard.

Entre 1846 et 1855, quand il réside à Montbéliard, il monte chaque matin au château et scrute l’horizon en direction des Vosges et du Jura. Il note toutes les informations climatiques qu’il peut relever : la température à heure fixe (les minima à 6 heures du matin), les vents, la pluie, le gel, la neige, le soleil, puis les dates de floraisons et des récoltes... Toutes ces données, associées à celles de ses collaborateurs (le professeur Belley de Montbéliard, MM. Alexandre et Vinet, gardes du génie au Château, M. Fr. Bouteiller, instituteur à Mandeure, MM. Roy, Bauer, Begon, Barbier et Berger de Montbéliard) sont notées selon un principe rigoureux qu’il applique à tous ses travaux et fonctions.

D’autre part, Charles Contejean fait l’inventaire de toutes les sources d’informations météorologiques antérieures à 1800 sur le Pays de Montbéliard (neige, gelées, inondations, tremblements de terre, sécheresse, orages, vendanges, moissons … ) au travers des ouvrages et des manuscrits.

Enfin, il continue ses observations, quelle que soit la ville où il réside au cours de sa carrière professionnelle.

Il va ainsi publier bon nombre d’articles regroupant et synthétisant toutes ses données ; le dernier, daté de 1902, représente un bilan des 62 ans de relevés climatiques effectués sur le Pays de Montbéliard.
Ces différents travaux de Charles Contejean représentent une mine d’or sur l’évolution de notre climat depuis près de deux siècles.

Quelques exemples

Charles Contejean nous apprend qu’à Mandeure, la gelée du 15 juin 1857 détruisit les haricots ;et que celles du 12 et du 13 août 1864, et même celle du 9 juillet 1868, congelèrent les feuilles et les tiges de certains végétaux.

De même, les froids hivernaux étaient beaucoup plus intenses et surtout plus fréquents qu’aujourd’hui : à Montbéliard, dans les jardins du Faubourg, le thermomètre marquait –19°C le 22 janvier 1855 ; il descendit à –21°4 le 27 du même mois ; à –22° le 28 et à –25° le 29. Plus rigoureux encore, l’hiver de 1871 à 1872 vit se produire les minima de –27° (exactement –26°,9) le 8 décembre 1871 ; de –24° le 9 ; de –26° le 10 ; de –25° le 13 ; de –21° le 14 ; de –16° le 15 et de –15° le 16. Pendant toute la durée de ces froids terribles, on pouvait traverser les rivières avec de grandes voitures chargées.

L’hiver 1894-95 à Montbéliard fut très long et très froid : du 26 janvier au 9 mars, les minima ont toujours été négatifs, de –3°7 (le 3 mars) à –22°4 (le 2 février), et la moyenne des minima pendant cette période de 43 jours consécutifs fut de –13°2 !

Quant aux précipitations neigeuses, l’hiver 1854 à 1855 est resté gravé dans toutes les mémoires : près d’un mètre de neige dans Montbéliard en février, et plusieurs voûtes du bâtiment des Halles sont entièrement interceptées du côté de la cour par l’accumulation de la neige chassée par le vent. La neige recouvrit le sol de Montbéliard pendant 48 jours consécutifs, du 16 janvier au 5 mars. Au pied du château, il y avait encore une congère de 3 mètres d’épaisseur le 2 mai et les dernières traces de neige disparurent le 26 mai.

Enfin, les inondations du 18 septembre 1852, d’une importance encore jamais vue et la grêle du 2 juin 1859, qui hacha toutes les récoltes sur pied, finissent de noircir ce tableau des intempéries au Pays de Montbéliard.

Le greme beloche

Dans « La lune rousse au Pays de Montbéliard » Charles Contejean s’attaque à une tradition : le curieux refroidissement qui aurait lieu systématiquement au cours des mois d’avril et de mai, et que l’on nomme « la lune rousse ». En fait, la lune rousse devient pleine soit à la fin du mois d’avril, soit courant mai. Or, comme elle tombe presque chaque année à l’époque où se font sentir les dernières gelées printanières, les désastres agricoles sont imputés, à tort, à notre satellite.

En fait, les dernières gelées sont liées au vent de Lorraine qui souffle du nord-ouest et rafraîchit l’air tout en apportant de l’humidité. Son nom patois est greme beloche : « qui détruit les prunes ».

Climat et géologie

Au cours de sa carrière, Charles Contejean va régulièrement associer deux de ses passions : le climat et la géologie.

Pour lui, la climatologie et la géologie ont des liens très forts. La climatologie façonne les terrains et les sols, et l’étude des sédiments anciens nous renseigne sur les climats d’autrefois. A travers une science, il en apprend sur l’autre ! Ainsi, plusieurs publications évoqueront les glaciers, leur action géologique, et l’histoire des climats à travers les temps. Nous sommes au tout début de la compréhension de la glaciologie, avec notamment les travaux du Suisse Louis Agassiz dans les Alpes.

Charles Contejean agrémente ses récits d’anecdotes. Il relate celle concernant l’échelle laissée au pied de l’Aiguille-noire du Mont-Blanc par les guides de Horace Bénédict de Saussure (1740-1799) lors de leur ascension en 1787. En 1832, on retrouve des fragments de cette même échelle à 4050 m et à 4420 plus bas. Ces vestiges avaient donc parcouru avec le glacier plus de quatre kilomètres en 45 ans, à la vitesse de près de 100 m par an…