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Escapade à Belfort

lundi 17 août 2009, par Pivoine

D’ une main rageuse, je raccroche brutalement le combiné du téléphone.

GRRR ! Complet, m’a t-il répondu sur un ton impersonnel mais néanmoins aimable.

Obnubilée par ma passion pour la cuisine, le mot complet évoque dans mon esprit du pain, des pâtes, du riz, des biscuits, de la farine, mais certainement pas un restaurant trois étoiles, persuadée qu’en plein cœur de l’été, la crise aidant, nos compatriotes étaient partis dans les camping polluer le midi de la France.
C’était compter sans nos encore riches amis étrangers.

Alors ? Plus de place pour une gentille grand-mère sans défaut ou presque qui ne désire qu’une chose, simplement fêter un anniversaire de mariage en compagnie de l’homme qui l’aime parce qu’elle le vaut bien ? Non ? Mais ciel dans quel état j’erre !!!

Pas même un guéridon dans l’encoignure de la porte battante de la cuisine ? insisté-je d’une voix suave et mélodieuse, prête en échange à me rendre à la messe le dimanche, à acheter une baguette de pain coiffée d’un béret enfoncé jusqu’aux oreilles, à me déguiser en Carla Bruni, à sourire aux archers du roi planqués au bord de la route dans leur voiture banalisée avec flash incorporé, prête à prendre les kilogrammes de cellulite en trop de ma voisine, à m’expatrier en Angleterre et goûter la cuisine de nos amis d’Outre-Manche, prête enfin à boire jusqu’à la lie le fendant suisse.

Non ? Bon, eh bien tant pis ! Vous ne saurez jamais ce que vous perdez.
Et vlan ! Aie mon doigt !

Nous nous regardons mon mari et moi, déçus, mais pas abattus. Ou va-t-on ? Fléchette, l’interrogé-je en fixant sur lui mon beau regard brûlant qui ferait fondre l’igloo d’un Inuit sur la banquise en plein cœur de l’hiver ?
Carte de France plaquée au mur, une fléchette en main... et hop c’est parti.

Vitres grandes ouvertes, nous filons joyeusement par un beau matin sur une jolie route de campagne. Le soleil déjà haut dans le ciel azur darde ses chauds rayons sur la plaine d’Alsace. Seul un cumulus reste accroché au-dessus de nous semblant même nous guider.

Nous devinons au loin la ville que de méchantes langues prétendent qu’il y pleut onze mois et qu’il y neige le douzième.

— Menteries, dit mon mari ».

— Balivernes, surenchéris-je ».

De part et d’autre de la route qui mène à l’entrée de la vieille ville, s’étendent de verts pâturages où impassibles paissent un troupeau de montbéliardes.

Laissant la voiture au bas des remparts œuvre de Vauban, nous nous engageons à pied sur un ancien pont-levis puis sous une porte frappée aux armes de Louis XIV.

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Façade maison vieille ville

Nous déambulons main dans la main dans l’ancienne citadelle restaurée avec harmonie. Nous nous attardons un instant devant un restaurant remplaçant l’épicerie Perello fondée en 1825 dont les étals, installés sur le trottoir dès les premiers beaux jours, regorgeaient de fruits et de légumes colorés. En musardant, nous débouchons sur la place Saint-Christophe flanquée tout autour de pimpantes maisons peintes de diverses couleurs, ornées aux balcons de fer forgé.

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Cathédrale St Christophe

Une intéressante cathédrale en grès rose des Vosges se colore d’un joli reflet sous le soleil matinal. La mairie face à un charmant kiosque à musique est noyée sous des cascades de fleurs éclatantes.

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Kiosque à musique

Et voici face à nous, reposant majestueusement au pied de la façade du château,

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le célèbre lion de vingt deux mètres de long sur onze mètres de haut, taillé dans des blocs de pierre de grès rose par le sculpteur alsacien Bartholdi, qui selon la légende, se serait suicidé quand il s’est aperçu qu’il avait oublié de sculpter la langue. Un vieux lion certes édenté, mais à l’allure si fière dont s’enorgueillit à juste titre cette ancienne ville de garnison. Le monument aux Trois-Sièges trônant au milieu de la place de la République atteste de ce courage face à l’ennemi.

Quelques rues plus loin, les restaurants du quartier ont sorti leurs plus beaux atours, et paré les rues de tables garnies de ravissantes nappes en tissu pour offrir aux connaisseurs leurs différentes spécialités.

A l’intérieur de la ville neuve, toujours ces coquettes maisons exposant leurs façades colorées aux touristes se promenant le long de la paisible Savoureuse. Deux colverts indifférents aux bruits glissent sur l’eau calme qui s’écoule lentement sous des ponts revêtus de superbes pétunias, lierres et autres fleurs disposés harmonieusement dans les jardinières rivées au parapet.

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Pont sur la Savoureuse
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Mairie

Des jets d’eau se croisent au-dessus du cours d’eau, et sous l’effet du vent fripon se transforment en d’infinies gouttelettes minuscules étincelantes sous le soleil rasant, avant de retomber en brouillard dans l’eau.

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Place face au Théâtre Granit

Face au théâtre, des enfants s’ébattent joyeusement sur la place dallée d’où surgissent à intervalles réguliers des petits jets d’eau miroitant sous le soleil. Des jeunes gens adossés au parapet chahutent gaiement entre eux. La vie s’écoule sereinement en ce mois d’août 2009.

Après avoir fait chauffer la carte bancaire, les bras chargés de paquets divers, nous faisons une halte dans un agréable square fleuri où là, nous laissant choir sur un banc fréquenté par les moineaux s’enfuyant à notre approche, apeurés, nous admirons enchantés les parterres de fleurs égayant l’endroit ombragé par des arbres touffus.

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Square du Souvenir

― Hum ! Chai bon cha, chai quoi ? demandé-je à mon mari la bouche pleine.

― Les crottes du lion, ce sont des chocolats praliné-noisette, écorces d’orange, nougatine.

― Délichieux ! Et cha ?

― Le Belflore, c’est un gâteau aux framboises recouvert d’amandes meringuées et de noisettes.

― Hum, miam, et cha dans la glachière, bien emballée, en retenant à temps du bout des lèvres, un morceau de chocolat fondant prêt à salir mon joli petit haut coquin tout neuf ?

― L’épaule du ballon. C’est une épaule d’agneau roulée et garnie d’une farce aux myrtilles en hommage aux rondeurs des reliefs de la région, mais il faut la cuire.

― Chai dommage ! Chai pas pour che choir alors, dis-je sur un ton dépité en me précipitant sur le dernier bout de gâteau.

Nous avons fini notre escapade gourmande et culturelle dans un restaurant où nous avons dégusté des raviolis de grenouilles, un éventail de langoustines sur lit de courgettes, des côtes d’agneau au beurre de basilic, un rouget barbet aux tomates confites et purée d’olives, des feuillantines de pommes caramélisées… et… un dernier verre de champagne.

Et puis quand la nuit fut venue,

Mais… cela ne vous regarde plus.


P.-S.

Photos du Belflore : Karine



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Belflore Belflore 2