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Étienne Œhmichen

L’inventeur de l’hélicoptère

vendredi 24 avril 2009, par Mitch

Un ingénieur brillant

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Étienne Œhmichen est né le 15 octobre 1884 à Chalons sur Marne, où son père était Commandant à l’école d’artillerie.
Au décès de son père en 1893, sa mère et lui partent s’installer à Lyon. C’est là que naît sa vocation : ayant goûté à son premier vol dans un ballon ascensionnel de la Foire, il affirme « Quand je serai grand, je ferai une machine pour monter comme cela, tout droit dans le ciel ».

Sa mère vient s’établir à Valentigney, dans le Pays de Montbéliard, en 1897.
Le jeune Etienne commence alors ses études au collège Cuvier, puis entre à l’école Centrale de Paris, où il étudie l’aérodynamique, la zoologie, la paléontologie et la cinématographie.
Il obtient son diplôme d’ingénieur en 1908 et revient s’installer à Valentigney.

Il travaille comme électricien au sein de la Société alsacienne de construction mécanique (devenue Alsthom, puis Alstom) à Belfort, puis chez Peugeot-frères à Valentigney.
Etienne Œhmichen y invente le système code-phare, mais son employeur n’y accorde pas d’intérêt ; le brevet non déposé sera pris par une autre firme.

La guerre qui éclate en 1914 l’envoie d’abord au front, dans les tranchées. En 1916, il rénove les moyens de l’artillerie et perfectionne les premiers chars de combat produits par Peugeot.
Il recevra la Croix de Guerre et de la Légion d’Honneur.

Le père de la mécanique anatomique

Le laboratoire Œhmichen-Peugeot voit le jour en 1918. Étienne Œhmichen oriente ses recherches vers 2 directions majeures :

  • d’une part l’anatomie des oiseaux, en particulier l’étude du vol animal. En 1920, il publie “Nos maîtres les oiseaux”, ouvrage dans lequel il expose sa théorie sur le vol des insectes et des oiseaux.
  • d’autre part la mécanique des fluides : il démontre qu’un oiseau sait tirer parti des courants de remous qu’engendre son propre vol. Cette récupération d’énergie leur permettait de voler plus longtemps avec une utilisation minimale de leur puissance motrice.

Ces orientations, qui peuvent parraître bien différentes, présentent en fait une vraie cohérence dont le but est de concevoir une machine capable de voler.

« L’air ne sera pas définitivement conquis tant que nous ne saurons pas, comme l’insecte, comme l’oiseau, partir de n’importe quel coin de la terre et nous y poser n’importe où ; réduire à volonté notre vitesse jusqu’à nous immobiliser complètement en l’air, tant que comme l’oiseau, comme l’insecte, nos machines ne seront pas en toutes circonstances inchavirables » (Arts et Manufacture Mars 1956).

L’hélicoptère

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Prototype n°1

En 1920, Étienne Œhmichen conçoit un appareil de 336kg qui comporte deux grandes hélices, avec au-dessus un ballon gonflé à l’hydrogène destiné à l’alléger et le stabiliser ; ce mélange d’hélicoptère et de dirigeable, qu’il baptise « hélicostat », est aussi muni d’une hélice à axe horizontal appelée rotor de queue.
Après un premier échec en décembre 1920 (aux commandes, Œhmichen ne voyait rien à cause de la neige soulevée par le vent du rotor), les essais s’avèrent probants :

  • le 15 janvier 1921, son appareil se maintient à un ou deux mètres au-dessus du sol de façon totalement autonome ;
  • le 28 janvier, il réussit à rester en l’air près de 40 secondes ;
  • le 29 janvier, il s’élève de plus de 3 mètres ;
  • le 5 février, il réalise ses essais officiels, prouvant que le vol en hélicoptère est possible, en sustentation comme en translation, y compris par mauvais temps.
    Le problème n’est plus alors la stabilité verticale, mais la stabilité horizontale, l’appareil restant difficile à manier.

Pour son second prototype, Œhmichen abandonne le ballon d’hydrogène qui offrait trop de prise au vent. Il le remplace par des hélices agissant dans les 3 directions et 4 rotors de sustentation.
Le 4 mai 1924, il effectue à Arbouans le premier kilomètre en circuit fermé avec décollage et atterrissage à la verticale. L’hélicoptère était né.
La même année, il réalise un vol stationnaire de trois minutes, puis un autre vol avec passager.

Extrait d’une lettre d’Etienne Oehmichen adressée à son cousin, le Général Pierre Héring, alors Commandant de la 7e Région à Besançon :

Peut-être sais-tu que j’ai finalement résolu complètement le problème du vol vertical. J’ai trouvé à l’Etat-Major général et au Conseil supérieur de la Guerre des concours extrêmement bienveillants et notamment celui du Général DEBENEY à qui je dois de n’avoir point succombé sous le poids de ma tâche.

Ce que j’ai fabriqué restera donc et sera utile au pays, je ne sais pas si c’est ma spécialisation à outrance qui m’a rendu si bête, je serais porté à le croire .

J’imagine volontiers que tu pourras dire plus tard : « le bonhomme qui a réalisé le vol vertical était mon cousin, une espèce de fou complétement désaxé, dont il était impossible de tirer quoi que ce fut de bon, en dehors de ses mécaniques aériennes. Il a eu toutefois l’esprit de débarasser le plancher après avoir pondu l’oeuf que vous voyez, et qui n’est, ma foi, pas trop mal ».

Avec cet appareil, Oehmichen accomplit environ 500 vols en lignes droites et en virages, réussissant presque à s’immobiliser dans l’air.
Malgré tout, l’hélicoptère de Oehmichen présentait encore quelques défauts majeurs : la stabilité de l’appareil restait précaire et devait être continuellement corrigée par le pilote. De plus, si une hélice s’arrêtait en plein vol, la catastrophe était inévitable !

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Prototype n°3

En 1928, il réalise un monohélicoptère (hélicoptère équipé d’un rotor vertical unique) comportant un systéme d’autostabilisation breveté.

En 1929, approfondissant ses recherches pour une meilleure stabilité de l’appareil, il revient à l’hélicostat, seule solution capable selon lui d’assurer la sécurité aérienne.
Son 4e propotype, qui ressemble à un dirigeable muni de 4 rotors inclinés à 30°, réalise plus de 200 heures de vol, faisant preuve ainsi d’une grande fiabilité.

En 1930, les contrats d’Etat qui finançaient ses travaux prennent fin ; « les hélicoptères n’ont pas d’avenir », dit-on en haut lieu...
Ceci n’empêche par Œhmichen de poursuivre ses travaux et de réaliser 3 autres prototypes jusqu’en 1937, avant de revenir à la recherche pure au Collège de France.

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L’hélicostat de 1931

Un hélicostat avec son ballon de 6 m de diamètre, le dernier du genre à avoir été essayé en 1935 à Orly par Œhmichen, est conservé et restauré par le Musée de l’Air et de l’Espace.

Bien d’autres contributions

Étienne Œhmichen sera un inventeur prolifique. On lui doit, outre le système code-phare déjà évoqué :

  • le premier stroboscope électrique
  • une caméra capable de saisir 1 000 images en 1 seconde
  • le canon à air comprimé
  • la dynamo
  • le démarreur automobile

En 1939, il est élu professeur au Collège de France à la chaire d’aérolocomotion mécanique et biologique qu’il occupera pratiquement jusqu’à sa mort.

Il a également publié plusieurs livres.

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à Courcelles-les-Montbéliard, une stelle commémore son exploit

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Etienne Œmichen repose, selon ses volontés, sur les lieux même de son record.

Étienne Œhmichen meurt à Paris le 10 juillet 1955.

Il repose depuis le 6 mai 1956 à Courcelles-les-Montbéliard, où il fit son vol historique.

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Un timbre à l’éffigie d’Etienne Œhmichen est édité en 1956.


P.-S.

Visiter le lien http://www.wat.tv/video/premiers-he... pour avoir les vidéos des premiers hélicos d’Oehmichen.