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Césaire et Marie PHISALIX

Scientifiques, inventeurs de la sérothérapie contre le venin de vipère

vendredi 24 avril 2009, par Mitch

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Portrait de Césaire Phisalix

Césaire PHISALIX est né à Mouthier-Haute-Pierre le 8 octobre 1852. Ses parents, Claude Simon Gratien PHISALIX et Marie Thérèse Joséphine PARROZ, sont vignerons et font partie des vieilles familles du villages : des Phisalix et des Parroz y sont présents depuis le début du XVIe siècle, et les Phisalix sont vignerons de père en fils depuis 150 ans.
Césaire sera leur dernier enfant ; il a deux grandes sœurs, Marie Emilie (12 ans) et Marie Octavie (10 ans).

Il étudie d’abord dans le village voisin de Lods, où il montre très tôt un goût prononcé pour « l’étude des choses de la nature ». En 1865, il est envoyé au petit séminaire d’Ornans, où il restera 5 ans et sera un élève très brillant. Césaire poursuit son cursus au collège catholique de Besançon, où il passera ses deux baccalauréats ès Lettres et ès Sciences en 1872 et 1873.

Médecin militaire par obligation, naturaliste par vocation

Césaire Phisalix se lance alors dans des études de médecines ; il les effectue au sein de l’armée pour des raisons économiques.
Il sera d’abord élève du service de santé des salles militaires de l’hospice mixte de Besançon, puis au Val de Grâce dès 1875, où il suivra les cours de A. Laveran, futur prix Nobel de médecine en 1907.

Cette période est marquée par deux événements familiaux : le décès de sa sœur Marie Emilie en 1876, puis le mariage à Mouthier-Haute-Pierre de sa sœur aînée Marie Octavie en 1878.

De retour en Franche-Comté en mai 1879 (au 4e régiment d’artillerie de Besançon), il participe d’avril à juillet 1881 à la première campagne de Tunisie. Il y tombera gravement malade et sera rapatrié à Besançon, avant d’entamer une longue convalescence à Roscoff, en Bretagne.

Si ses débuts obligés dans l’armée ont contrarié sa vocation de naturaliste, sa maladie est l’occasion pour Césaire d’assouvir enfin sa passion : il travaille d’abord au laboratoire maritime de Roscoff, réunit des pièces qui seront utilisées plus tard dans sa thèse de sciences naturelles, et passe sa licence ès Sciences à Paris en 1882.

Césaire obtient sa retraite anticipée de médecin militaire en 1884, du fait de son état de santé qui s’est dégradé, puis sa retraite définitive en 1887.
Pendant ces années, il oriente progressivement sa carrière vers les sciences naturelles et l’université :

  • en 1884, il est nommé préparateur à la faculté des Sciences de Besançon ;
  • en 1885, il soutient sa thèse de doctorat ès Sciences à Paris ;
  • en 1886, il est nommé professeur suppléant de zoologie médicale à l’École de médecine et de pharmacie de Besançon ;
  • en 1888, il devient chef des travaux de zoologie à la faculté des Sciences de Besançon :
  • quelques mois plus tard, il est appelé comme aide-préparateur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

Découvreur de la sérothérapie antivenimeuse

Césaire Phisalix a 35 ans lorsqu’il intègre le Muséum national, l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses institutions scientifiques françaises.

Le 10 février 1894, avec Gabriel Bertrand, il présente ses « Recherches expérimentales sur le venin de vipère - Propriétés antitoxiques du sang des animaux vaccinés contre le venin de vipère » : il ne s’agit ni plus ni moins que de la découverte de la sérothérapie antivenimeuse !
En 1940, Marie Phisalix résume la découverte de la façon suivante :

« Au début de 1894, MM Césaire Phisalix et Gabriel Bertrand, appliquant au venin de vipère aspic l’un des moyens préconisés par Pasteur pour atténuer les toxines, montrent qu’il suffit de chauffer à 75°, pendant un quart d’heure, une solution de ce venin pour lui faire perdre sa toxicité et la transformer en vaccin ; et, chose plus importante encore, au point de vue de l’applicaiton pratique, ils montrent que le sang ds animaux vaccinés est devenu antivenimeux aussi bien in vivo qu’in vitro : la sérothérapie contre le venin de vipère était ainsi découverte. »

Césaire Phisalix obtient le pris Monthyon de l’Académie des sciences pour cette découverte, puis le prix Bréant en 1898 pour ses travaux sur l’envenimation contre les poissons et pour la découverte de sérums antivenimeux.
Il est élu Officier de l’Instruction publique en 1899, Chevalier de la Légion d’Honneur en 1900, et même Officier de l’Ordre du Lion et Soleil de Perse en 1903, à la suite d’une visite du Chah de Perse au Muséum d’histoire naturelle.
Ses nombreuses publications témoignent également de l’intensité de son travail, malgré la maladie qui aura raison de lui (une « affection du tube digestif »).

Césaire Phisalix décède le 16 mars 1906 à Paris, à l’âge de 53 ans ; il est inhumé dans son village natal de Mouthier-Haute-Pierre.
Il laisse son épouse Marie (qui a alors 45 ans) et sa mère Marie-Thérèse qui, âgée de 85 ans, a déjà perdu son mari, une fille et maintenant son fils. Elle ne se remettra pas de ce triste événement, décédant à son tour le 5 avril.


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Portrait de Marie Phisalix

Marie PHISALIX

Marie Félicie PICOT voit le jour à Besançon le 20 novembre 1861, fille de Camille Joseph PICOT (originaire de Gap, dans les Hautes-Alpes) et de Marie Joséphine DALLOZ (née à Saint-Claude), déjà parents de 3 sœurs.
sa mère meurt 12 ans plus tard, le 8 novembre 1873, laissant Camille Joseph PICOT élever seul ses 4 filles.

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Ecorché d’une tête de vipère

Schéma de Marie Phisalix illustrant le volume 2 de son livre « Animaux venimeux et venins » (1922).

Contrairement à Césaire Phisalix, Marie grandit dans un milieu aisé. Elle bénéficie d’une très bonne éducation, entre à l’Ecole Normale Supérieure des jeunes filles de Sèvres en 1882 et, après avoir enseigné pendant 3 ans, obtient l’agrégation de Sciences en 1888 (elle est l’une des toutes premières jeunes filles à obtenir ce concours !).

En août 1895, elle épouse Césaire Phisalix à Besançon, rencontré lorsqu’il était convalescent à Roscoff en 1881. Elle est alors enseignante à Besançon et a repris des études de médecine.
Elle quitte alors l’enseignement et suit son époux à Paris, où elle sera son élève éclairée et collaborera brillamment aux travaux qu’il mène au Muséum national d’histoire naturelle.

Une des premières femmes docteur en médecine

En 1900, Marie soutient sa thèse de médecine intitulée « Recherches histologiques, embryologiques et physiologiques sur les glandes à venin de la salamandre terrestre ». Ceci lui vaut une médaille d’argent de la Faculté de Paris et en fait l’une des premières femmes françaises à obtenir le grade de docteur en médecine.
Jusqu’à la mort de son mari, elle fait peu parler d’elle, mais on sait qu’elle assiste Césaire non seulement dans ses travaux, mais aussi dans son combat face à la maladie.

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Une ordonnance rassurante du Dr Marie Phisalix.

Par la suite, elle poursuivra ses recherches au Muséum et entre en 1910 au laboratoire d’herpétologie du Muséum ; elle se consacre alors bénévolement à son sujet de prédilection, à savoir les reptiles et batraciens vivants. Elle sera mordue à plusieurs reprises par ses « protégés », sans conséquences pour sa santé, mais ce sera à chaque fois l’occasion pour elle d’une étude froide et scientifique menée sur elle-même.
Sa carrière sera exceptionnelle : plus de 270 articles ou mémoires scientifiques publiés, un ouvrage de référence consacré aux animaux venimeux et aux venins, un livre scientifique (« Vipères de France », en 1940)...
Marie Phisalix a reçu également de nombreuses distinctions : Officier d’Académie en 1901, Officier de l’Instruction publique en 1908, deux Prix Bréant (1916 et 1922), Chevalier de la Légion d’Honneur (1923), Grand Prix de l’Exposition d’hygiène de Strasbourg (1923), diplôme et médaille de l’Exposition vaticane (1925), Grand prix Lasserre de l’Instruction publique (1928), Lelbre-correspondante de l’académie de Besançon (1933).

Féministe et généreuse

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Ces serpents conservés dans l’alcool sont une préparation de Marie Phisalix.

En marge de sa carrière extrêmement riche, Marie Phisalix n’en reste pas moins attachée à Mouthier-Haute-Pierre. En 1907, elle y crée un musée d’histoire naturelle auquel elle fournit le mobilier et des collections, et pour lequel elle obtient un important don du Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Ce petit musée, sur lequel elle veillera pendant plusieurs années, porte aujourd’hui son nom.
En 1912, elle fournit tout l’ameublement, du matériel scolaire et du matériel scientifique à la nouvelle marie école.

Marie Phisalix est également une féministe avant l’heure. Vice-présidente de l’Association pour l’amélioration du sort de la femme en 1935, elle préside le 14 avril 1945 une réunion de la Ligue française pour le Droit des femmes sur le rôle des électrices dans la reconstruction du pays. Mme Lehmann, Présidente de la Ligue, note le « féminisme souriant » d’une Grande Dame...

Agée de 84 ans, Marie Phisalix s’éteint à Paris le 18 janvier 1946. Elle ne sera inhumée à Mouthier-Haute-Pierre que plusieurs années plus tard.
Sur la tombe qui domine le cimetière, on peut lire « Famille des docteurs Césaire et Marie Phisalix, Chevaliers de la Légion d’Honneur ».

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Le musée Phisalix de Mouthier-Haute-Pierre présente notamment toute une collection d’animaux de la région.



Le Musée Marie Phisalix est ouvert gratuitement au public, aux horaires d’ouverture de la mairie de Mouthier-Haute-Pierre.


P.-S.

Merci et bravo à Christophe CUPILLARD, Président de la Bibliothèque municipale de Mouthier-Haute-Pierre, pour son remarquable travail de mémoire sur Césaire et Marie Phisalix.
Merci à Thierry Malvesy, responsable des collections d’Histoire Naturelle au Muséum Cuvier du Musée du Château des Ducs de Wurtemberg (Montbéliard), qui nous a transmis toutes ces informations.