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François MARGAINE

jeudi 25 septembre 2014, par Mitch

François Margaine (1900-1970) passa une grande partie de sa vie à dessiner d’après nature des champignons, avec une rigueur, une exactitude et un souci du détail sans pareil.

De 1938 à 1969, François Margaine immortalisa de très nombreuses espèces de champignons sous la forme de plus de 2500 icônes. Ces oeuvres frappent par leur harmonie entre rigueur scientifique et qualités esthétiques. Représentés en coupe ou en entier, les champignons, du plus microscopique au plus reconnaissable, apparaissent sous toutes leurs formes, entre abstraction et figuration.
Cette collection exceptionnelle fut acquise par la Ville de Montbéliard en 2005.

Grand admirateur du célèbre mycologue Lucien Quélet, en digne successeur, il assura la continuité de la mycologie dans toute la région et tel le Maître d’Hérimoncourt, il transmit à son tour son savoir à ses élèves.

« Je suis venu dans le Pays de Montbéliard, où l’on a le champignon dans le sang. »
(François Margaine s’adressant à Georges Becker en 1955)

La vie de François Margaine

« Ma philosophie et mes connaissances sont faites de la grande lecture que j’ai faite de la nature. »
(extrait de l’interview d’octobre 1969 donné à Michel Amoy, journaliste à l’Est républicain)

Sa jeunesse dans les Vosges
François Margaine nait à Remiremont en 1900 et développe dès l’école primaire son goût du dessin et de l’observation qui ne le quittera plus sa vie durant. Dès les années 20, il travaille comme dessinateur industriel, aidé en cela par le prix d’excellence en dessin industriel qu’il obtient en 1922. En 1925, il épouse Marie Germaine Morel (mais le couple n’aura pas d’enfants).

Sa carrière professionnelle en Franche-Comté
Les conséquences de la crise économique de 1929 oblige François Margaine à migrer dans le Pays de Montbéliard. Il entre en 1935 en tant que dessinateur au bureau d’études à l’usine Acier Outillage Peugeot de Pont-de-Roide. En 1938, il est nommé professeur de dessin industriel à l’école d’apprentissage Peugeot à Audincourt. Avec sa femme, il s’installe au 35, Grand Rue à Hérimoncourt (actuellement rue Pierre Peugeot), à proximité de la maison où vécut le Docteur Lucien Quélet, son maître à penser. Il y restera jusqu’à la fin de sa vie.
En 1944, il installe et dirige le nouveau laboratoire de contrôle métallurgique et chimique des aciers, et à partir de 1948, il enseigne à nouveau le dessin industriel au centre de formation professionnelle Peugeot au Pont-de-Gland dont il assurera la direction jusqu’à sa retraite en 1964.

Le naturaliste débutant
Dans les années 30, il s’intéresse plus particulièrement aux fougères et s’associe au projet Pteridophyta Exsiccata, créé en 1937 par Émile Walter (1873-1953) de Saverne, et Jean Callé (1906-1981), instituteur à Paris. La trentaine de membres de ce projet récoltaient des plantes afin d’échanger et de constituer une collection. Il y aura en tout 6 bulletins évoquant ces récoltes entre 1937 et 1952 que François Margaine a illustré.

L’homme
« le moindre brin d’herbe est mille fois plus étonnant que tous les moteurs du monde, fussent-ils atomiques. »

François Margaine passait des soirées entières à dessiner des champignons ; il employait ses dimanches et ses vacances à herboriser dans les forêts et les champs d’Hérimoncourt.
On le respectait, on l’admirait, on le redoutait parfois ; rares sont ceux qui ont osé où même imaginé le contredire, parce qu’il était autoritaire et faisait autorité. Doué d’une mémoire prodigieuse, épris d’ordre et de rigueur, d’une curiosité d’esprit toujours en éveil, il cultivait la passion du travail et de l’ambition intellectuelle.

Les samedis soir, François Margaine réunissait chez lui un cercle restreint de fidèles amis naturalistes. Il les recevait dans une pièce aménagée en bibliothèque, en bureau et en laboratoire où il travaillait. Accrochés au mur, le portrait de Lucien Quélet qu’il avait réalisé au fusain et le portrait photographique d’Elias Fries dominaient la pièce.

Le 1er février 1960, François Margaine est nommé chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques pour services rendus aux sciences.

Il décède le 25 mai 1970 des suites d’un cancer du poumon.

Les icônes de François Margaine

La collection actuelle, conservée aux musées de Montbéliard, comporte 1818 pièces représentant 1369 espèces, variétés ou formes de champignons. Au dos des icônes, François Margaine notait toutes les informations relatives à la récolte des spécimens : la date, le lieu de récolte, le type de milieu naturel où le champignon a été trouvé et le nom du ou des récolteurs. Ces indications sont une source de renseignements importante pour la connaissance actuelle.

Quand la science et l’art ne font qu’un

François Margaine expliquait à Georges Becker en 1955 sa technique d’iconographie mycologique :

« Vous me demandez comment j’ai fini par me spécialiser dans la mycologie. C’est d’abord peut être parce que je suis venu dans le Pays de Montbéliard, où l’on a le champignon dans le sang. Mais c’est aussi par un attrait personnel qui vient de ce que les champignons sont les plus mal connus de tous les végétaux et les plus difficiles à reconnaître. C’est pourquoi dès le début de mon initiation, j’ai pris le parti de peindre tous ceux que je trouvais qui n’étaient pas absolument communs et évidemment tous ceux qui me semblaient rares ou, comme on dit : critiques, ou même inconnus. Je me suis fait une technique toute personnelle. Je dessine d’abord très légèrement mon exemplaire, puis je le colorie avec le plus grand soin, en respectant tous les détails de sa texture. Enfin, je rehausse l’ensemble au crayon de couleur qui me permet ces effets de relief. »

L’un des traits frappants des icônes de Margaine est l’heureux mariage entre les aspects scientifiques et esthétiques. Il a en effet très souvent représenté les caractères macroscopiques et microscopiques des champignons dans une harmonie parfaite. Point de monotonie dans l’architecture des icônes car chacune est unique. La plupart du temps, le fond est aquarellé, puis rehaussé de gouache, de crayon de couleur, de traits à la plume. Margaine se plaisait à dire que sa méticulosité était liée à sa pratique du dessin industriel, comme par exemple le fait de représenter les champignons en coupe qui lui permettait de montrer certains détails non visibles autrement.

Une prospection locale assidue et un bon réseau de collaborateurs
Vivant dans un secteur particulièrement riche sur le plan fongique, François Margaine trouvait un vaste panel d’espèces à deux pas de chez lui. Plus de 90% des champignons représentés ont été récoltés soit à Hérimoncourt même, soit dans les communes environnantes (Seloncourt, Valentigney, Dasle…). N’ayant jamais eu d’automobile , il se déplaçait donc le plus souvent à pied ou à bicyclette ! Mais un autre élément majeur l’a aidé à décrire ce nombre impressionnant d’espèces sans faire de grands déplacements : un bon réseau de collaborateurs dont les noms figurent au dos des icônes : Léon Slupinski, Paul et Gaston Maillot, Pierre Boname, Léon Couche, monsieur Royer, Gérard Lenfant, Georges Becker...

Une vision à long terme pour la mycologie régionale
En constituant cette collection unique, François Margaine a participé activement à l’inventaire mycologique de notre région. En effet, les informations fournies ont permis d’enrichir le catalogue des champignons de Franche-Comté de 183 taxons, se rajoutant ainsi aux 4500 espèces qui y figurent déjà.

Enfin, un ouvrage sur sa vie et son œuvre

De nombreux dessins de François Margaine ont été publiés dans différentes revues et ouvrages entre 1937 et 1979 soit neuf ans après sa mort. Mais la majeure partie de son travail, et en particulier ses icônes, restait à publier. Si deux expositions aux musées de Montbéliard en 1973 et en 1985 ont précédé celle d’aujourd’hui, ce n’est qu’en 2005 que la ville de Montbéliard achète la collection au Docteur François Marini, neveu de François Margaine. En 2006, la collection a été inscrite au registre des collections « Musées de France ».

Enfin, grâce à des mycologues passionnés et à l’implication de la Ville de Montbéliard, cette fabuleuse collection fait dorénavant l’objet d’un ouvrage richement illustré : « François Margaine, le monde fascinant des champignons », publié par les éditions du Belvédère.

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