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La Taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne (25)

vendredi 9 juillet 2010, par Mitch

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Une page de notre histoire industrielle

Nous sommes au début du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle. Grâce à ses ressources naturelles (minerais, forêts, cours d’eau...), la Franche-Comté voit naître des mines, des forges et des industries de transformation.
Parmi elles, les taillanderies (fabriques d’outils taillants et tranchants) connaissent un formidable essor : elles seront plus de 50 dans la vallée du Doubs au début du XXe siècle.

La taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne est aujourd’hui le dernier témoin de cette industrie. Fondée en 1828 par Arsène Lagrange, puis reprise en 1865 par la famille Philibert, elle cessera son activité en 1969.
Magnifiquement conservée, avec ses installations encore en état de marche, elle témoigne d’une époque et de métiers qui, bien que relativement proches de nous dans le temps, seraient tombées dans l’oubli sans celles et ceux qui entretiennent ce patrimoine.

La taillanderie de Nans-sous-Sainte-Anne a été classée Monument Historique en 1985.

Une machinerie en parfait état de marche

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Le taillandier, depuis l’atelier situé à l’étage inférieur, pouvait actionner la vanne grâce à ce long mécanisme.

Les barres de fer sont chauffées au rouge, puis sont martelées pour être applaties et prendre la forme d’une lame de faux. Pour réussir ce tour de force, c’est l’eau qui va apporter son énergie :

  • le ruisseau du Gyps, à proximité duquel la taillanderie s’est installée, est partiellement détourné pour alimenter une retenue d’eau ;
  • grâce à une tringlerie de plusieurs mètres, le taillandier peut ouvrir une vanne et libérer l’eau qui va entraîner une immense roue à aube de 4m de diamètre ;
  • cette roue, dont l’axe est le tronc d’un chêne d’un mètre de diamètre (!), va actionner 4 gros martinets de forge pesant entre 40 et 250kg ;
  • les martinets, débrayables individuellement par chaque taillandier, vont ainsi battre le fer à une fréquence de 150 coups par minutes, dans un vacarme assourdissant.

Pour attiser les feux, les Philiberts avaient mis au point un ingénieux système de ventilation : l’air arrivait sous les fours via un réseau de canalisations. Cet air était pulsé par une paire de gigantesques soufflets en bois, mûs eux aussi par une roue à aube.
Ces soufflets sont les seuls de ce type encore en état de marche en Europe. C’est entre autres pour cette raison qu’ils sont classés Monument Historique.

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Des outils en tout genre, des faux en particulier

La taillanderie Philibert produisait essentiellement des faux : 120 modèles différents, imaginiez-vous qu’il put en exister autant ?

Néanmoins, elle répondait aussi à une demande diversifiée, comme le montre la collection d’outils présentée dans l’ancien atelier d’expédition : des pelles en tous genres (bèches, pioches, sarcloirs...), des pinces, des coupes-foin, des serpes, des haches...

Contrairement à la quasi totalité des outils bon marché que l’on trouve aujourd’hui, qui sont formés de plusieurs pièces assemblées, les outils Philibert étaient forgés à partir d’une seule pièce de métal, ce qui leur donnait une solidité et une durée de vie bien supérieure.

Une fin assez récente

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Trois ouvriers travaillaient de en cadence sur cette enclume, dont un maître qui indiquait le point de frappe aux deux autres.

Malgré les tentatives de création d’une société par action, la taillanderie Philibert restera toujours une entreprise familiale.
Elle connut un très bel essor jusqu’au début du XXe siècle : les outils étaient distribués dans 27 départements français, ainsi qu’en Suisse. La fabrication d’outils « sur mesures » selon des modèles fournis par le client faisait partie des atouts reconnus de la taillanderie Philibert.

Hélas, l’évolution de l’agriculture au lendemain de la guerre va sceller le sort de l’entreprise : l’heure est à l’outillage motorisé, le travail manuel n’a plus le rendement nécessaire pour rivaliser.
De plus, le taillandier se fait rare : les conditions de travail font fuire les plus jeunes, et quand on sait qu’il fallait 15 ans pour former un bon taillandier... Léonard Philibert, quelques années avant la fermeture de l’établissement, disait lui même : « Le jeune ne prend pas (le métier de taillandier) pour bien des raisons. D’abord, c’est un métier pénible, salissant,... qui demande un apprentissage qui est très, très long, qui décourage souvent le jeune homme. Dans les usines, maintenant, au bout de quinze jours il est ouvrier, alors qu’ici il faut des années, des années... Faut vraiment de la patience, et puis le goût du métier ».

Une visite s’impose

Pour être honnête, je n’attendais pas grand chose de cette visite. J’en suis ressorti impressionné !
Une visite guidée est toujours instructive, mais ces ateliers donnent l’impression que des ouvriers y travaillaient encore hier. De plus, voir les installations fonctionner est vraiment, vraiment impressionnant : la taille de la machinerie, le vacarme des martinets, la puissance dégagée par l’ensemble... Tout cela ne laisse pas indifférent.

Vous pourrez également voir un film, d’une vingtaine de minutes, présentant le métier de taillandier au travers des témoignages des derniers d’entre eux. Vous les entendrez témoigner de leurs conditions de travail d’un autre âge alors que c’était hier, raconter la perte d’un doigt emporté par un martinet comme si c’était le risque « normal » du métier, dire leur déception devant la disparition de leur métier...

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Un moteur diesel, venu seconder les machines hydrauliques.

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La grande roue extérieure.

Voir en ligne : des infos pratiques sont disponibles sur le site des Musées de Franche-Comté.


P.-S.

Attention, les démonstrations des machineries n’ont pas lieu tous les jours. Prenez soin de vous renseigner avant de vous déplacer.

Ce sera également l’occasion de faire une balade à la source du Lison, toute proche.



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