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rue de l’industrie.

mardi 15 septembre 2009, par le riolu

Rue de l’Industrie

La Tante Arie avait à peine commencé sa tournée, lorsqu’elle vint à passer sur la plaine de Saone. Cette nuit de Noel était sombre comme une tarte au goumeau qu’aurait brulé et rintri (ratatiné) au four.
On y voyait pas à dix pas, et comme que comme (de toutes façons), il fallait se dépécher ; la nuit ferait quand mème place au jour de neige du lendemain, fallait pas prendre de retard. La neige ne tombait pas encore, mais le ciel en avait accumulé si tant (tellement) que les cumulo-nimbus, vous savez ces nuages en forme d’enclumes, en étaient gras à se faire pèter la sous-ventrière et trainaient leur ventre sur les routes du ciel. Ils en lachaient des gaz qui tonnaient en rebondissant jusqu’aux montagnes du Jura.
Evidemment, la Tante Arie qui cherchait son chemin, glissa dans un virolo (virage) et heurta une enclume, creva le nuage et une partie des jouets s’échappa de sa carriole. Tout doucement portés par la neu (neige), les jouets arrivèrent dans ce faubourg de Saone.

Les habitants étonnés d’entendre des coups de tonnerre si tard dans l’hiver, sortirent de leur maisons. Eberlués, Ils trouvèrent la tante Arie en train de s’escrimer à redresser sa carriole. Ils l’aidèrent gentiment, comme tout comtois le ferait. Comme il était tard, ils lui proposèrent de l’aider dans la distribution. Ils trouvèrent tant de cadeaux qu’ils les ramassèrent en les comptant : Eun, deusse, tré (1, 2, 3,).
Et après un bref conciliabule, les distribuèrent aux enfants : Eun, deusse tré. Les parents savaient quels étaient les enfants sages ou turbulents et purent enfin faire justice et donner aux plus méritants les jeux plus intèressants : Eun, deusse, tré. Toute la nuit, ils allèrent de maisons en maisons. Eun, deusse tré. Ils essayèrent de passer par les larmiers mais ils se révélèrent par trop étroits. Ils se résignèrent à réveiller les parents endremis (endormis). Et malheureusement certains enfants le furent aussi, qui beuillèrent (guignèrent) ce que faisaient leurs aieux. Ils déposérent les jouets. Il fallait plus que la pelle à chnis (ramasse poussière) pour déblayer les chemins, tant si qu’il (tellement) y en avait. Le matin les vit tous fatigués au cani (bistrot) à boire de quoi se revigorer : Eun, deusse, tré. Harassés par cette nuit, ils n’arrètaient pas de psalmodier en disant « Eun, deusse, tré. Quelle industrie, mais quelle industrie ! »
En souvenir de ce jour, une rue, la rue qui a vu choir les cadeaux, a pris le nom de ‘’rue de l’industrie.’’
Les enfants qui avaient vu les adultes à l’oeuvre colportent maintenant que la Tante Arie n’existe pas. Mais alors qui ? Oui, qui les amène ces jouets ? Qui ? Surement pas les parents ; ils sont bien trop avares pour ça.

Le riolu