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Les lieux secrets du Fort de Joux

Ce que vous ne voyez pas lors d’une visite

samedi 2 août 2008, par Demyn

Le Fort de Joux est particulièrement célèbre, que ce soit dans ou hors de la Franche-Comté. Il présente à lui seul près de 10 siècles de la fortification militaire regroupés en 5 enceintes successives datant du Xè au XIXè siècle. Il eut un rôle de défense face aux frontières de la Suisse, bien qu’il ne fut que très rarement attaqué.
Mais lorsque vous visitez ce Fort aujourd’hui, vous parcourez un lieu balisé et la balade ne peut être que guidée par les excellents employés du site.
Or, il y a tant à découvrir derrière les murs que l’on ne peut franchir, sécurité oblige. Alors, prenons notre lampe de poche, attention où nous mettons les pieds, et suivez-moi dans les entrailles du Fort.

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Avant le XIXe siècle

La plupart des bâtiments du fort ont été soit élevés, soit rénovés sous Vauban (fin XVIIe siècle) et sont en partie visitables. Les constructions de l’époque médiévale qui n’ont pas été retouchées sont rares. On note cependant quelques éléments intéressants :

- une meurtrière dite ’à la française’ datant du XVe siècle (créée à l’époque où Joux était bourguignon). La forme originale de cette ouverture permettait au soldat posté de pouvoir viser (partie haute fine) tout en laissant son arme dans la fente (partie basse plus large). De telles meurtrières n’existent quasiment plus de nos jours. Celle-ci se trouve sur la droite du pont-levis de la 3è enceinte du fort, et peut être vue lors de la visite, bien que le groupe n’y fasse pas de halte.

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- En 1690, Vauban décida de créer un bâtiment de prison d’état, jugeant que l’aspect isolé de nid d’aigle du fort de Joux ne favoriserait pas les évasions. En parcours de visite guidée, une seule de ces cellules est visitable, celle de Toussaint Louverture, héros de l’indépendance de Saint Domingue (maintenant Haïti) vis-à-vis de la France, ce qui forma la première république noire au monde (en 1804). Arrêté par Bonaparte, alors Consul de France, en 1802, il fut incarcéré à Joux et y décéda le 7 Avril 1803 d’une pneumonie. Toutes les cellules du bâtiment de prison d’état sont construites sur le même plan, chacune étant pourvue d’une fenêtre et d’une cheminée (les prisonniers payaient eux-mêmes leur bois, ce qui n’était pas franchement un problème, les prisons d’état étant réservées aux personnalités). Voici une cellule adjacente à celle de T. Louverture, et qu’on ne traverse pas en visite.

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- Il existe à l’extrémité nord-ouest du fort une petite tour cylindrique répondant au doux nom de ’Tour du Diable’. L’origine de ce nom n’est pas connue, bien qu’un écrivain pontissalien, Sylvain Muller, explique, dans une trilogie nommée ’Almadricus, le Sire au Loup’, que le sire Amaury aurait été emmuré vivant avec son loup domestiqué dans la base de cette tour par son frère jumeau Warin, jaloux de ne pouvoir être sire du château (thèse fictionnelle pour les besoins de la trilogie de l’écrivain).
Cette tour s’élève sur 4 niveaux et l’on atteste sa dernière grande rénovation en 1817. Elle est construite en grande partie en tuf (pierre poreuse calcaire du Jura qui a la faculté de réguler la température des pièces naturellement) et est pourvue de meurtrières sur chacun de ses niveaux. Non-sécurisée, elle ne peut être visitée.

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Au XIXe siècle

A la fin du XIXe siècle (1879-1887), le fort de Joux est en grande partie renforcé par l’ajout d’une cinquième enceinte, édifiée principalement sur les parties basses des lieux. Le capitaine Joffre (futur général, puis maréchal) était le coordinateur des travaux militaires. On ajouta alors un casernement supplémentaire, des galeries souterraines, des chambres de tir à canon (autrement appelées « casemates »), etc. Cette enceinte, actuellement en cours de rénovation, est vaste et encore non-sécurisée. Elle ne se visite donc pas, et cela est bien dommage, car cette enceinte est fabuleuse, voyez plutôt ce qu’on peut y trouver :

- la poudrière principale du fort, qui est entièrement construite en briques, car en cas d’explosion, la brique se brise en mille morceaux, au contraire de la pierre taillée, ce qui est un gage de sécurité si d’éventuels hommes sont à proximité. Sur la photo ci-dessous, on peut voir le plancher d’origine qui est en très mauvais état, la faute à une humidité très importante, car cette enceinte est entièrement recouverte de terre (parfois jusqu’à 5 mètres de hauteur), ce qui est idéal pour se protéger des obus à la fin du XIXe siècle, mais pas du tout pratique pour combattre les infiltrations.

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- les casemates blindées (il y en deux à Joux, et dix en tout en France de ce type-ci), qui comportent un système de verrou (ouverture ronde en hauteur) actionné par des treuils. Une fois le verrou abaissé, un canon, fixé sur les rails que vous pouvez voir au premier plan sur la photo ci-dessous, pouvait être bougé, ce qui permettait de modifier l’angle de tir. Une fois ce dernier effectué, on faisait tourner les treuils pour relever le verrou et ainsi empêcher l’ennemi de repérer la position de tir. Les dimensions de ce genre d’ouvrage très coûteux se passent de commentaire : le verrou pèse 7 tonnes, le contrepoids relié aux treuils pèse 12 tonnes, et le bouclier de protection de part et d’autre du verrou pèse 24 tonnes ; le canon utilisé dans ce genre d’endroits était un 155mm de Bange, c’est-à-dire les plus gros canons de la fin du XIXe siècle qui pouvait tirer des missiles de 40kg l’unité sur une distance avoisinant les 10km. Jamais, cependant, il n’a été nécessaire d’y avoir recours, et dans la légende, on dit qu’un seul tir (de test) fut effectué et qu’il tua une vache... Cette partie est actuellement étudiée pour être (enfin) ouverte aux visiteurs.

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- le four à pain qui est situé dans le casernement. Il permettait de fournir plusieurs dizaines de miches de pain par jour, ce qui est plus économique que de recourir à un artisan local. Il est important de signaler que le casernement créé au XIXe siècle dans lequel se situe ce four n’est pas suffisamment rénové et sécurisé pour accueillir des visiteurs à l’heure actuelle.

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Quand le public aura-t-il accès à ces lieux ?

Je mets cependant en garde tous ceux et toutes celles qui souhaiteraient découvrir par eux-mêmes ces lieux interdits en visite.
S’ils sont justement interdits, c’est bien pour une raison : c’est qu’il est impossible de s’y aventurer, les accès en étant scrupuleusement verrouillés.
Mais l’actuel projet de muséographie qui se met petit-à-petit en place va permettre progressivement l’ouverture de nouveaux lieux au grand public. Par exemple, la casemate (voir plus haut) vient de se munir d’une réplique grandeur nature d’un canon 155mm de Bange, et une maquette animée y est maintenant installée. Une fois nettoyé, le lieu fera partie intégrante de la visite guidée qui est, rappelons-le, le seul moyen de pouvoir visiter le fort de Joux.
Au fur et à mesure du temps, les pages de pierre du livre d’histoire de la forteresse se dévoilent, se découvrent et ce, pour le plus grand bonheur de tous.

Si vous souhaitez visiter le fort, il vous faudra appeler le 03.81.69.47.95 pour connaître les jours et horaires d’ouverture.



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