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Le Groupe TITO (3/4)

jeudi 19 septembre 2013, par Marc

Début juillet, suite à la visite de Paul Prost, agent de liaison, il est demandé de provoquer des destructions de trains de marchandises. Tito décide de provoquer un déraillement sous le tunnel de La Prétière. Une équipe avec Tito interceptera le train pour faire évacuer le personnel et une deuxième équipe avec Tarzan à sa tète plastiquera les rails dans le tunnel. Vers 17h une locomotive haut le pied, puis un train entier sont interceptés. La première machine est lancée à pleine vitesse. Dans le tunnel, une explosion, puis deux, puis trois ! On attend le vacarme du déraillement… La locomotive haut le pied, comme le train passent à la sortie du tunnel. La voie n’a pas été assez endommagée. Tous sont déçus par cet échec.

Il faut rapidement effacer l’échec du tunnel. La passerelle du chemin de fer de Rang fera l’affaire. Le 3 juillet à 22h, douze hommes partent sur l’objectif. A 1h30, soulagement ! Une forte détonation, de la fumée, des fils électriques qui font des étincelles, un tas de gravas et de la poussière qui coule dans le cou de Tito et de la Rafale leur montrent que c’est réussi. La voie est coupée et sera inutilisable pendant 25 h.

Les deux jours suivants sont consacrés au réapprovisionnement en plastic. Ils avaient appris qu’un container rempli d’explosif avait été retrouvé dans un bois et qu’une personne l’avait récupéré. Une patrouille alla en pleine nuit taper à la porte de la personne qui l’avait caché. Le loustic montra sa cachette après bien des péripéties, aussi il décidèrent de l’emmener, yeux bandés, à Joly au bois d’Ecot. Comme le plastic était en leur possession, Joly leur demanda de l’emmener et de le relâcher. Tito retrouve sa patrouille sur les lieux, mais c’est pour y rencontrer le Commandant Joly. Ce dernier lui désigne un endroit précis sur une carte d’état-major qu’il devra rejoindre en cas d’attaque de son maquis. Il devra être en mesure de soutenir les maquisards dans leur combat ou de les recueillir en cas de replis.

Le 8 juillet, vers 7h du matin, une violente fusillade en direction d’Ecot : le maquis d’Ecot était attaqué ! Tito prend la tète d’un groupe de quinze hommes, les plus aguerris. Hélas, il n’y a plus rien à faire ! Des Allemands sont là en trop grand nombre pour tenter quoi que ce soit. Tito choisi de patrouiller dans le bois à la recherche de survivants. Tout à coup, cinq hommes hagard sortent des fourrés. Ils disent être l’avant-garde d’un groupe qui erre dans la forêt depuis le matin. Les rescapés se regroupent. Il ne restait qu’une chose à faire pour eux : les loger et les ravitailler. La bataille d’Ecot est terminée.

Comme il était impossible de garder tout le monde, Tito convoqua Prost. Le lendemain, un homme accompagnait Prost, c’était un officier américain qui se faisait appeler « commandant Paul ». Il avait été parachuté depuis peu dans la région. C’est lui qui prit la décision de renvoyer ces hommes dans leurs foyers, mais certains qui en voulaient encore rejoignirent d’autres maquis (dans quelques temps, ils se retrouveront pour la plupart au Lomont). Seul trois des quarante demandèrent à Tito de les garder. Il ne le regrettera jamais : c’étaient des hommes aguerris à la clandestinité. C’était un sous-officier belge, Georges Degrise dit La Pipe, Antoine Olivero, dit Olive, un Niçois et Jean Gorgol, dit Fil de fer, un Polonais ; étant étrangers au pays, ils ne savaient où aller.
Le chef décide de faire une reconnaissance en vue d’un déménagement. Il trouve une position favorable, pas trop éloignée de la voie ferrée, permettant un système de garde et d’observation ainsi qu’une esquive facile. Le déménagement se fait avec une installation sommaire.

Demain, 14 juillet ! Tito veut un vrai feu d’artifice. Il monte une opération pour faire sauter le pont et les postes d’aiguillage de Clerval. Les cœurs d’aiguillage sautent en premier et le pont peu après, vers 3h50. Salve en l’honneur de la fête nationale et retour au camp. C’est quand même une petite « promenade » de 34 km à pied, mais le résultat est là : la ligne de chemin de fer est interrompue pour de longs jours. Un informateur leur apprend que le maquis de Clerval a lancé un train sur le pont qu’ils ont fait sauter. Mais en face, les Allemands obstinés remettaient en ordre avec une rapidité déconcertante. Le 20 juillet au réveil, le trafic a repris. Nouvel objectif, les voies du côté de Colombier-Fontaine. Boum ! C’est fait, encore des dégâts pour ralentir le trafic. Les Allemands réparent.

Avec l’anéantissement du maquis d’Ecot, les Allemands font circuler des tracts demandant à la population de s’unir à eux pour rejeter « les impérialistes anglo-américains ». Tito, lui, décide de leur montrer que la Résistance est encore là et que, même de jour, elle peut agir. Au nez des Allemands qui montent la garde à un bout du tunnel de Rang et qui est gardé à l’autre par les Russes de l’armée Vlassov, il décide de plastiquer les rails pour provoquer un déraillement à l’intérieur. Un train de marchandises venant de Montbéliard s’engouffre. Une sourde explosion, un bruit de métal broyé, c’est gagné ! Les wagons, un par un, sont retirés par un câble ; la locomotive doit être découpée au chalumeau. La voie est encore inutilisable.

Après les déboires d’Ecot, Tito met en place un système de surveillance renforcé : patrouille à 4h chaque matin et installation d’un poste de guet sur un énorme hêtre qui permettait, par temps clair, une vue sur plusieurs kilomètres. Les Allemands, ne s’avouant pas vaincus, détruisaient le camp Guigon mais heureusement, les maquisards avaient fait front et avaient décroché en bon ordre.

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Le fanion Tito

Le fanion du groupe avait été fait dans de la toile de parachute par Suzanne Baumlin, de Blussangeaux.
Les couleurs avaient été obtenues grâce à des teintures d’avant guerre.

Loin de se décourager, Tito et son groupe font sauter pour la seconde fois en une semaine les rails et les aiguillages de Colombier-Fontaine. A Pompierre, un train déraille : quatre wagons reversés, la locomotive sur le flanc. Attaque à la Raydans, mais là, le train emmenait des voyageurs qui durent se rendre à leur destination par des moyens de fortune. Le lendemain, le trafic pouvait reprendre. Cette fois, c’est à Voujeaucourt : les aiguillages, la passerelle et deux bouteilles d’oxygène et d’acétylène sont piégés.

* * *

Tito apprend que les Allemands ont amené en gare de Baume une grue de 42 tonnes, une des dernières en service en France. Elle doit servir à relever la locomotive qu’ils ont fait dérailler à Pompierre. Elle était gardée par un contingent d’Allemands et une trentaine de miliciens. Tito prépare son plan pour détruire ce monstre si précieux pour l’ennemi. Ils seront quatre pour cette opération. En face, c’est soixante hommes fortement armés. Ils récupèrent des obus de 155, se les font emmener en voiture jusqu’au moulin de Branne par Blanchard et Valley, tous deux du groupe Guigon. Il faut encore passer le Doubs, puis le canal sur une écluse ; heureusement les gardiens de celle-ci dorment et cela passe avec 43 kg d’explosif et d’acier sur le dos. Les engins sont enterrés dans le ballast sans que l’on puisse déceler leur présence. Le piège est en place avec un détonateur à tirette, attendons la proie. Un long jour puis, au deuxième matin, Tito envoie Nènesse (de son vrai nom, Ernest Raby) aux renseignements et la Kine au ravito. Quant à Tarzan, qui était tombé avec un des obus sur le dos, bouge avec peine et à mal aux reins. Nénesse revient et annonce que la grue doit passer d’un instant à l’autre. Tito dit à Tarzan de rentrer en direction du camp, de prendre de l’avance vu qu’il est mal en point. On prépare les armes et à Tito la mise à mise à feu. Voilà le train ! La loco, le tandem, plusieurs wagons avec des Allemands bien armés avec fusil à chaque endroit et mitrailleuse à fut tournant en batterie sur le wagon de queue capable de tirer sous tous les angles et entre, la grue couchée sur son berceau.
Le tonnerre ! Des morceaux de ferraille volent et de toutes les fenêtres du train les pistolets mitrailleurs crachent ainsi que la mitrailleuse. Si la grue est détruite et le wagon de queue a déraillé, ce qui précédait est debout et le fait savoir. Les trois hommes sortent de cet enfer. Une légère dépression de terrain leur permet d’être à l’abri des balles. Nénesse tombe dans un trou encombré par des feuilles mortes, les deux autres le retirent par les aisselles et repartent en courant contre la… mort, tToujours pris sous le tir de la mitrailleuse.
Cette fois il faut passer la nationale sillonnée de véhicules allemands. Un bond, le fossé. En grandes enjambées, la route. Quatre à quatre, le talus. Maintenant ils sont sauvés. On soutient Tarzan et retour au maquis clopin-clopant. Mission accomplie sans perte, si ce n’est un pistolet automatique perdu par Nénesse lorsqu’il est tombé dans le trou.

Pratiquement depuis que le maquis d’Ecot avait été attaqué, le groupe faisait un sabotage sur la voie ferrée chaque jour. Peu avant la mi-août, le groupe reçoit les félicitations du Colonel Maurin et du Capitaine Ponsot. Il venait aussi de grossir de plusieurs éléments : l’instituteur de Beutal, Edgar Tuetey dit « l’éducateur », et un groupe d’une quinzaine de recrues qui venaient de L’Isle, Colombier, Saint Maurice du Châtelot et de Longevelle. Le 15 août, en fin de journée, ils apprennent par la radio le débarquement sur les côtes de Provence. Maintenant, c’est sûr, « on va pouvoir bouffer du Boche ! »
Avec ses hommes et les nouvelles recrues, Tito décide de constituer des groupes d’infanterie en prévision de rejoindre le Lomont, tout en continuant ses opérations de sabotage (plus que jamais, les Allemands avaient besoin des moyens de communications). Le chef instruit les groupes pour les aguerrir à l’usage des armes, au combat, aux différentes fonctions d’un vrai soldat. Tito, par désir de mystifier les Allemands ou pour impressionner les nouveaux, décide de piéger le pont du Châtelot, pratiquement sous leurs pieds. Plusieurs patrouilles allemandes passent sur le pont alors que les hommes choisis et Tito posent l’explosif. Mise à feu, ordre de replis et dix minutes plus tard l’explosion troue ce silence nocturne. Les Allemands lancent une fusée éclairante. Les hommes en couverture sont prêts à intervenir avec deux FM. Rien ne bouge ! Cette nuit là, personne ne tirera. Ce fut l’un des derniers sabotages avant le départ tant attendu pour le Lomont.


(à suivre...)