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Le Groupe TITO (2/4)

jeudi 19 septembre 2013, par Marc

Le 5 juin 44 à partir de 21h15, les messages de la B.B.C. indiquent à tous que le moment est venu d’agir. Le 6 juin au matin, la nouvelle se répandit à toutes vitesses : le grand jour était arrivé ! Les hommes du groupe viennent prendre des ordres. « Ce soir, premier essai. Rassemblement à 11h. Objectif : la passerelle de L’Isle et, ensuite, on prendra le maquis ».

Les maquisards collèrent les pains de plastiques sur les rails et les poutrelles. Un détonateur dans chaque charge, le tout relié à une mèche. La mise à feu est faite et les hommes s’éloignent rapidement. Cent mètres, deux cents mètres et « Baoum ! ». Il est 2h17. Le groupe Tito entrait dans la clandestinité après son premier sabotage. La veille, Jules Morel, avait apporté deux tentes de scouts. Au matin, furent dressées les toiles au cœur du bois du Bacon, sur la commune de Colombier - Châtelot.

Au matin, Muller, alias la Rafale, fut envoyé aux abords de la passerelle pour constater les dégâts. L’opération avait réussi. Le trafic, malgré les Allemands qui surveillaient de près et hâtaient les travaux, sera interrompu 144 h.

Pour ce premier jour, Tito et ses hommes mangèrent les casse-croûtes qu’ils avaient, rangèrent le contenu des sacs dans les espaces libres des tentes et tentèrent de dormir un peu. Le sol était dur malgré les feuilles mortes posées sous eux. Vers 2 h, des voix. Alerte !
Non, ce n’est rien : les recrues de Colombier-Fontaine, prévenues, rejoignaient l’équipe du premier attentat. Le groupe doublait par l’arrivée de ces sept hommes. Cette fois il fallait les loger. Avec quelques charmes disposés en (presque) carré, des perches de différentes grosseurs pour former un lattis, de la toile goudronnée : les parois et la couverture étaient faite. Tito avait bien préparé son affaire et tout prévu, sauf les pluies incessantes ! La pluie redoubla d’intensité et la toile céda par endroits. Certain dûrent se réfugier dans les tentes où ils étaient déjà bien serrés. Au matin du 8 juin, un cloaque entourait tous les abris. Un déluge pareil en juin, qui aurait pu prévoir ça ? Cela commençait mal !

* * *

Les jours suivants sont consacrés à la défense du camp, mise en place de sentinelles pour la sécurité et mise en place de poste d’observation sur le chemin de fer. Les Colombier en patrouille nous rapportent des couvertures et des tapis de sol pour nous protéger de l’humidité. Un soir, plusieurs gars retournèrent dans leur famille pour récupérer de quoi améliorer l’ordinaire et surtout des ustensiles divers pour la cuisine. Tito, parti en personne voir « l’intendant » (un voisin de Tito à Blussangeaux qui s’était chargé de la nourriture, de son vrai nom Ernest Gomez) pour demander plus de pain et autre pour la subsistance. Un des gars, « Tarzan » (de son vrai nom, Michel Chavez), est revenu avec trois énormes gâteaux décorés avec ces mots : « Offerts aux patriotes ». De quoi regonfler le moral de tous ces jeunes (moyenne d’age : 20 ou 22 ans) au ventre creux.

La boue est toujours là, aussi ils décident d’un commun accord à reconstruire le camp plusieurs centaines de mètres plus loin. En plein travail de déménagement, ils entendent des rafales d’armes automatiques. Tito décide d’aller voir ce qu’il se passe avec les hommes armés, les autres restant au camp. C’est le groupe de L’Isle sur le Doubs qui a attaqué un camion allemand et tué trois Boches. Comme ce genre d’attaque était à l’origine de représailles sanglantes, Tito n’aimait pas ça. De retour au camp, Tito décide d’aller au PC voir Valentin, le commandant Joly, pour lui réclamer des armes pour chacun de ses hommes. Celui-ci lui remit cinq carabines, trois pistolets mitrailleurs, des cartouches et différentes mèches et des détonateurs. Il le raccompagne avec ces mots : « Bonne chance, et vive la France ! » Tito lui répondit : « Vive la France ! ». Ce salut marquait bien la détermination solide, froide et tenace de ces deux hommes.

Au retour au camp, c’est la préparation d’un nouvel attentat sur la voix ferrée. Le soir venu, l’équipe transporte huit obus de 155, ceux de récupération du bois, pour les camoufler dans un champ de blé ; deux gars resteront en faction aux alentours. C’est pénible pour les douze kilomètres, entre Colombier-Châtelot et Rang, qu’il faut faire avec le poids des obus, environ quarante kilos. Le lendemain, 22h30, arrivée au champ de blé. Les factionnaires sont là ; rien d’anormal... Le pont est là, sans sentinelle allemande, tant mieux ! Une équipe neutralise les gardes-voies, une autre place les charges et une troisième assure la protection de l’ensemble. A 1h45, Baoum ! Le pont a sauté ! Tito n’en est pas sûr. Il va voir. Déception ! Le pont est solide et n’a pas beaucoup souffert, la barrière s’est volatilisée et une seule voie sera inutilisable pendant trois jours.

Quelques jours d’attente dans le mauvais temps, puis il est décidé de plastiquer les châteaux d’eau en gare de Clerval qui permettent le ravitaillement des locomotives entre Besançon et Belfort. A 10h du soir, dix volontaires partent avec Tito en direction du bourg, se réfugient dans un bosquet à proximité de la gare et attendent. Au milieu de la matinée, Tito et Tarzan, comme d’innocents promeneurs, allèrent à la ville pour voir les lieux et programmer leur stratégie. Chose importante, il n’y avait pas d’Allemand. Il n’y aurait que le personnel et les gardes-voies à neutraliser. Il fut décidé qu’avec Badioudiou (Jacques Bourquin), Tito placerait les charges sur le principal, tandis que Centaure (Pierre Bourlier) et Tarzan s’occuperaient du réservoir de secours et que La Rafale et la Kine (Daniel Cusenier) feraient sauter la station de pompage, le reste de l’équipe étant en surveillance. A 23h le 22 juin, l’équipe neutralise les cheminots et les gardes-voies, puis place les charges. « Attention ! Mise à feu ! ». La Kine, en ressortant de par une trappe, se trouve bloqué par sa mitraillette. « Bon Dieu ! Tu vas sauter avec les pompes ! » Enfin, il réussit à se dégager. Il était temps : une minute plus tard, c’est l’explosion. Le travail est réussi, l’eau se déverse partout. Il ne reste plus qu’à rentrer au camp où ils arrivent groggy vers 4h30, mangent un petit repas et sombrent dans sommeil réparateur.

Dans la matinée du 25 juin, deux nouvelles recrues, envoyées par un ami sûr, se présentent : Robert Bouteiller, alias Bobby, un gendarme qui renseignait Tito sur les activités des Allemands et des gardes civiles le long des voies, et Jean Baudoin, alias Gabin. Pour la nuit suivante, un groupe ira près d’Onans faire sauter des pylônes électriques et une autre couper les lignes du téléphone près de Colombier-Fontaine. Seule la seconde mission sera faite (plusieurs kilomètres de câble seront coupés) puisque les Allemands avaient miné les alentours des pylônes. Le lendemain, on se prépare pour faire sauter la passerelle ferroviaire de La Prétière. Malgré quelques incidents sans gravité, la passerelle saute au nez et à la barbe d’un poste de garde allemand. De nouveau, plus de passage de train pendant 120 h.

Dans la journée du 27 juin, le père de Tito vient au maquis prévenir que des camions chargés de troupes et que des patrouilles boches rôdent dans le secteur. La garde est renforcée et un factionnaire est mis en place aux endroits stratégiques ainsi qu’à toutes les issues de la forêt. Il fallait également refaire provision de plastic. Une équipe se rend au camp Joly dans l’après-midi. Il n’y reste que des débris fumants. Des hommes, pas de trace. Pas de trace de lutte non plus...
A voir des vêtements traîner, ils se doutent qu’une évacuation de toute urgence a dû avoir lieu (prévenu à temps par l’abbé Selb de Montbéliard, le maquis d’Ecot avait eu le temps de déménager et se situe maintenant près du hameau de Lucelans). De retour au camp, ils racontent ce qu’ils ont vu. Tito, aussitôt, décide un changement de camp dès le lever du jour. Ce sera fait dans la bonne humeur et chacun retrouvera sa place dans la « Cabane bambou » ou sous les tentes.


(à suivre...)