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Le Groupe TITO (4/4)

jeudi 19 septembre 2013, par Marc

Voici le 23 août, jour mémorable pour l’ensemble du groupe. Le groupe Tito change de camp, mais cette fois c’est : direction le Lomont. La petite troupe est vite prête, avec armes et bagages ils attendent les camions. Les FM sont placés en position de tir sur les capots, le drapeau tricolore et le fanion « Tito » flottent et déclenchent des applaudissements par les gens sur le pas de leur porte qui les voient passer. Ce n’est pas la Libération, mais ça en a déjà un peu le goût. A peine arrivés, Tito réveille tout le monde à 1h du matin pour se porter vers la Tour Carrée. C’est leur tour de garde. Après l’attaque allemande du 22 août où ils avaient fini par lâcher prise (voir Le Maquis du Lomont par Eustache), l’ensemble des maquis présents était en alerte maximum. Dans la nuit suivante, un bruit d’avion perturbe leur sommeil. D’un premier avion, des parachutes, on reconnaît des hommes. Du deuxième, ce sont des containers. Un troisième avion passe mais ne largue rien. Peu importe : avec l’arrivée des paras et du matériel, c’était la preuve que ce petit bout de France Libre intéressait les alliés. C’était une épine dans les pieds des Allemands battant en retraite vers l’Alsace. C’était le cadeau du ciel pour les 26 ans de Tito. Le 24 août, le jour de son anniversaire. Dans le village de Montécheroux flotte le drapeau français au mât dressé sur la place.

Le 26 août, nouveau largage, ce sont des paras français. L’accueil est joyeux, et pour eux qui arrivent d’Algérie via l’Angleterre, c’est aussi la joie, surtout que, très vite, ils apprennent que Paris est libéré, libéré par la 2e DB française, avant-garde de l’armée de débarquement et des FFI, leurs compagnons d’armes. Avec ce renfort, il est décidé de passer à l’offensive contre un poste frontière à Dannemarie. 13 paras et 20 hommes du peloton Tito embarquent dans un camion. Un lieutenant des paras commande l’ensemble et Tito, considéré comme aspirant, ne sera qu’officier en second. L’attaque est prévue à 20h.
L’ennemi n’est pas surpris : une patrouille avait aperçu les assaillants. Il était prévu de faire sortir les Allemands de leur maison fortifiée et que Tito avec 7 gars au Nord et Tarzan avec le reste de l’équipe au Nord-Est, les « accueillent » avec les FM. En dehors d’un tir de grenade dans une fenêtre par l’officier et des tirs de FM d’un côté comme de l’autre, c’est un échec. Même que le Commandant Paul avec Hippolyte (Meyer de son vrai nom), croyant le combat terminé, sont allés presque sous les fenêtres des Allemands. Comme la nuit tombait et que du renfort arrivait de leur côté, Paul donna l’ordre de repli. Résultat : la Bulle (René Choulet), blessé, sera évacué sur Chamesol où un hôpital de campagne à été créé par le Dr Robin après l’attaque des « Frisés » du 22 août. Les hommes de Tito ne ménageaient pas les critiques quant à la façon dont la manœuvre avait été engagée, mais lui se taisait.

Nouveau parachutage dans la nuit : soixante hommes et du matériel, de quoi calmer les esprits et redonner de l’ardeur aux combattants. De plus, ils apprennent que les Boches ont évacué le poste de Dannemarie et que des traces de sang ont été relevées à l’intérieur. Le peloton Tito est désigné pour monter la garde du côté de Noirefontaine. Une patrouille de cinq Allemands passe à proximité, une salve d’automatique mais ils ont eu le temps de se sauver en zigzaguant ; nos maquisards les poursuivent, un homme tombe, c’est leur premier vrai prisonnier. Ramené au village, il sera une source précieuse de renseignements.
Trois compagnies d’infanterie viennent d’arriver à Pont de Roide. Le Commandant Paul et le Capitaine des paras décident une attaque sur cette commune, puisque la liaison entre le Pays de Montbéliard et le maquis du Lomont passe par là. Les paras doivent attaquer en revers par la rive gauche du Doubs, pendant que les Corps Francs (le groupe Tito et le groupe Cassard) occuperont la rive droite. Quand Tito et son groupe arrivent, un habitant sorti d’une cave leur dit que les Boches sont dans l’école devant eux. Par les jardins, ils s’approchent et engagent le combat. Les Allemands reculent, l’école est investie et un blessé est fait prisonnier. Après une quarantaine de minutes de combat, la rive droite du Doubs est nettoyée. De l’autre côté, les paras se sont retrouvés nez à nez avec une colonne allemande. A la suite d’un bref combat, chacun regagna sa base de départ. Ce n’est que plus tard que Tito apprit que le mortier avait éclaté, tuant ses trois servants, ainsi que l’accrochage des paras avec des « Vlassov », des Russes engagés à côté des Allemands.

Le lendemain, 31 août, se déroule l’enterrement des paras : belle cérémonie avec service religieux et discours. Ces trois Français d’Afrique du Nord n’auront connu la France que quelques jours avant d’y trouver la mort… En guise de dernier adieu, leur Capitaine leur a dit : « Que la terre de France leur soit douce ! »

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La guerre n’était pas finie ! Le soir même, quatre hommes du groupe se portent volontaires pour accompagner un détachement de paras tendre une embuscade sur la route de Saint Hippolyte. Ils rentrent avec trois prisonniers et, surtout, tout leur armement. Il y a encore une bonne nouvelle pour le groupe : ils reçurent quinze carabines de paras.

Le lendemain, deux hommes de Tito vont tendre une embuscade avec les paras, quelques-uns, souffrants, restent au camp pour garder le matériel et le reste du groupe monte dans des camions avec « Les Mohicans » (surnom donné au groupe Cassard) direction le Haut-Doubs sous une pluie battante. Ils allaient prendre possession du plateau de Maîche que les Allemands venaient d’évacuer. La population de Saint Hippolyte et de Maîche salue avec joie le passage des camions. Le cantonnement est prévu aux Fontenelles, mais c’est chez l’habitant qu’ils sont reçus avec un repas et surtout, un bon lit, ce que certain n’avait pas vu depuis trois mois. Tous ont eu droit à une journée de détente à aider leurs hôtes dans leurs tâches quotidiennes.

Le 4 septembre, retour sur Montécheroux et, dès l’après-midi, départ vers Clerval avec les paras pour interdire la retraite aux Allemands et garder intact un pont pour l’arrivée des troupes du débarquement qui sont actuellement à Baume les Dames. Des pannes sur les véhicules les retardent et ce n’est que le 5 qu’ils sont opérationnels. A l’arrivé sur la ville, ce sont les paras qui les accueillent. Ils peuvent tenir s’ils ne sont pas pris en revers. Le groupe Tito est chargé de surveiller sur la route de Besançon face à la commune de Pompierre. Une colonne allemande qui longe les voies ferrées est attaquée. Nos maquisards tirent au FM et avec leur carabine, l’ennemi se disperse et disparaît dans la forêt. Plus rien ne bouge. Tito, jugeant la position dangereuse, décide de changer de lieu. En se rapprochant de Clerval, il trouve un endroit qui lui permet de prendre la route en enfilade. Dans Clerval, les combats font rage, les Allemands ont contre-attaqué par l’autre rive du Doubs venant de Rougemont et de l’Isle. Un obus de char vient faire éclater une citerne de mazout, ce qui met le feu au wagon ainsi qu’à un bâtiment voisin.

Avec la nuit, les paras décrochent, aidés par nos maquisards. Clerval est resté aux mains des Allemands. Au matin, on constate que le pont a été détruit. Tito décide de retourner sur L’Isle pour ne pas risquer d’être encerclé. Les hommes n’ont rien mangé et les paysans n’ont pas grand chose à leur offrir. Ils croisent des maquisards qui ont attaqué les Teutons à L’Isle et, plus loin, ce sont des paras rescapés de Clerval. A L’Isle comme à Clerval, c’était l’échec. Une bonne nouvelle leur arrive du ciel. Trois Spitfires mitraillent un train ennemi arrêté à Rang. Les avions partis, les différents groupes se séparent. Tito décide de monter une embuscade sur la route de Ferrière, chemin de retraite des Allemands du plateau de Sancey. Un véhicule blindé surgit, les trois FM tirent. Le camion zigzague mais continue sa route (ils apprendront plus tard que seul le chauffeur était rescapé, les officiers qu’il transportait étaient mort et il y avait d’autres blessés).

Le 7 septembre, Tito et le Piou (Marcel Berger, je pense ?) confectionnent des mines avec l’aide des paras. Elles sont posées sur une route forestière près de L’Isle sur le Doubs, très empruntée par les ennemis. Un grondement ! Un char ! La chenille passe de peu à côté. C’est de nouveau le silence, si ce n’est qu’à l’Ouest, le bruit de tirs d’artillerie et de mitrailleuses se rapprochent. Les alliés ne sont peut-être plus très loin ! Sur le chemin de retour, deux explosions : nos mines n’ont pas été perdues.
Pendant ce temps, la Kine et Pameluche (Henri Palmelaire) étaient chargés d’escorter, jusqu’au Lomont, le Capitaine Henry. Malgré quelques péripéties et quelques émotions, l’officier était arrivé à bon port. Après avoir demandé les ordres pour le groupe, ils repartent aussitôt. Le groupe doit regagner Montbéliard, mais ne serait-il pas préférable de rejoindre les Alliés ? Dans la matinée, la question ne se pose plus : les premiers hommes des armées française sont là. Ce sont des Marocains. En fin de journée, comme un obus éclate pas loin d’une sentinelle, Tito se sent repéré et décide de partir en direction de Glainans. Au village, nous rencontrons un détachement américain. Les soldats semblent ignorer les gestes de sympathie des maquisards. Par contre, la population est très heureuse de les voir.

Le 10 septembre, le Colonel Le Puloch, commandant le R.I.C.M. (Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc), recherche des hommes du pays pour servir de guides à ses escadrons. Tito désigne Centaure pour la direction de Villars sous Ecot et Turlin (Paul Rufflin) vers Dambelin. Dès le lendemain, Tito envoie trois hommes vers les communes de L’Isle sur le Doubs et Blussangeaux pour donner des nouvelles de « bonne santé » des jeunes partisans à leurs parents. Au retour, comme les camions attendus depuis la veille ne sont pas là, il décide de monter au Lomont à pied. Ils ont 40 km à faire, mais l’idée de participer aux combats pour la Libération les aide. A Valonne, les troupes françaises leur offrent le casse-croûte. A Solemont, où le R.I.C.M. vient d’arriver, Tito parlemente pour qu’on les véhicule jusqu’à Montecheroux. Deux G.M.C. sont mis à leur disposition. L’ambiance au village n’est plus la même qu’à notre départ : le 6 septembre, les F.F.I. ont dû faire face à une attaque allemande avec blindés et artillerie. L’arrivée de la troisième division algérienne les a bien aidés à ce qu’aucun soldat allemand ne pose le pied sur le sol sacré du Lomont. Le 13 septembre, les partisans ont pour mission de prendre Ecurcey, position dominant Montbéliard. Ils ne seront pas seuls, un peloton de chars et un détachement de Sénégalais doivent les aider. Ils sont reçus par un char et les mitrailleuses allemandes mais, avec eux, personne.

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Le Corps Franc Tito est resté 21 jours au Lomont, il a appartenu à la Compagnie Franche pendant 10 jours ; maintenant l’histoire du maquis pour Tito se termine.

Pour tous, ce n’est pas la fin du combat : quand le Capitaine Sartout du R.I.C.M. leur proposa de les intégrer dans son unité, tous ont dit oui. Ils ont choisi de continuer le combat dans la Première Armée Française.

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Inauguration du monument dédié au Groupe Tito

Le monument a été inauguré le 8 juin 1952 par le père de Tito, car le Commandant Sartout, qui les avait tous pris dans son unité, ne pouvait s’y rendre.


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P.-S.

Si cette histoire vous a intéressés, vous pourrez en avoir l’intégralité en lisant :

  • Le Groupe Tito, de Mettetal et Cusenier
  • TITO de Blussangeaux à Haiduong, du Général Michel Bataille
  • Le Petit Bateau tout blanc, de Ernest Fred. Floege.

Avec les deux premiers, vous aurez la suite de leurs exploits en France, en Allemagne et enfin en Indochine.



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Le fanion Tito