Accueil > Paysages > Terre et flore de Franche-Comté > La Loue : joyau en perdition - Chapitre 2

La Loue : joyau en perdition - Chapitre 2

mercredi 13 juin 2012, par Dinocras

L’article précédent s’arrêtait à décrire la première agonie de la basse Loue, victime de travaux de « remembrement fluvial » décidés par l’homme de Port-Lesney (village bien sûr épargné lui-même par ces travaux) : le Président Edgar Faure.

La Loue a mis du temps à sombrer dans la médiocrité, je me souviens avoir encore pêché l’ombre commun dans les « virages » - Il n’y avait plus à proprement parler de méandres- du coté de la Loye, Belmont dans les débuts des années 70. Plusieurs pêcheurs européens rencontrés au coup du soir, assis sur ces horribles enrochements incongrus dans cette vallée alluvionnaire, persistaient encore à espérer que la rivière redeviendrait ce qu’elle était encore dix ans plus tôt...

La première sécheresse de 1973 a donné un premier coup de grâce à la rivière, qui a transporté pendant des semaines d’horribles flocons noirs, des algues bleues conséquences de l’effet résultant de la haute température et du bas débit...
Le niveau des nappes s’étant abaissé du fait de l’approfondissement du niveau d’eau entre deux enrochements type anti-char, la Loue n’a plus pu combattre le manque de précipitations et le réchauffement solaire de l’eau, par sollicitation naturelle de ses nappes, plus froides, dans la basse vallée.

Le niveau de celles-ci, qui variait peu d’étiage d’hiver à étiage d’été (1m au pire) avant les travaux d’Edgar Faure, s’est mis à varier de manière plus rapide, avec des amplitudes plus importantes (environ 2,5 m dans la plaine de Belmont par exemple). Imaginez un peu la perte de réserve d’eau d’un réservoir de plusieurs milliers d’hectares dont le niveau s’abaisserait de 1,5 m : plusieurs millions de m3 !!!
Ces mètres-cubes ne sont plus là pour sauver la Loue pendant les durs mois d’été. Elle est donc désormais totalement tributaire de son cours amont.
Cela ne l’empêche par de déborder de temps en temps, mais rien à voir avec les crues exceptionnelles type 1953 dont les dégats sont encore dans les souvenirs de bien des « vieux » riverains.

Le confort moderne dans les maisons, progrès certes, et l’apparition de l’irrigation en agriculture, sollicite encore plus les nappes de la vallée, directement associées à la rivière.

Dire que la basse Loue est devenue un Oued n’est plus une boutade, l’ombre commun a disparu du Val d’Amour ; même le hotu miroir, qui renvoyait de partout le soleil dans les yeux ébahis des parisens, est devenu une espèce rare !