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La Loue : joyau en perdition - Chapitre 1

mercredi 13 juin 2012, par Dinocras

Victime colatérale du confort, la Loue s’installe dans la médiocrité.

Pour être presque né au bord de la LOUE, je l’ai bien vite connue et elle a rapidement fait partie de ma famille.
J’y ai alors, avec la curiosité de mes jeunes années, soulevé quelques pierres qui recouvraient des écrevisses autochtones, dérangé des butors qui nichaient dans les roseaux et ai été maintes fois effrayé par quelques « bateaux » rayés noir et gris, uniforme de nos truites énormes de la basse vallée.
Et quand je dis « énorme », c’est « énorme » pour un garçonnet, mais aussi rétrospectivement pour un pêcheur chevronné : « au moins deux dépassant 10 livres au kilomètre de rivière », disait-on à l’époque dans le Val d’Amour....

Patauger dans la rivière à l’âge où on apprend à lire n’était pas considéré alors comme un risque gigantesque que des parents sensés ne peuvent prendre, mais comme une preuve d’ouverture de l’esprit aux beautés et aux énigmes de la Nature ; peut être aussi comme un moyen d’avoir la paix dans le ménage en l’absence de télévision....
La confiance régnait alors, la richesse des lieux pardonnait tous les excès... La rivière aimée rendait au centuple cet intérêt pour elle.

Ces temps idylliques que la génération d’après-guerre a connus ont petit à petit disparu de par les coups de boutoir dits « de progrès » assénés d’abord par notre gloire locale Edgar Faure.

La Loue sauvage et ses multiples méandres, noues et mortes, qui s’écoulait au milieu d’une véritable « jungle » marécageuse, n’a pas résisté aux exigences de développement de l’agriculture locale et de son corporatisme... Après tout, ces terres sauvages constituaient des terrains vierges qui pouvaient être cultivées !

Certes, mais comme la rivière avait tendance à déborder et tranformer sa jungle en bayou temporaire, il a fallu recalibrer tout ça pour permettre l’expansion des terres agricoles tout en réduisant leur risque de noyade.
La Loue a bien résisté, mais les forces techniques et bureaucratiques, à coups d’enrochements, ont transformé la basse vallée en un canal au charme perdu... Pendant plusieurs années, les brèches ouvertes dans ces nouvelles berges par la rivière en furie étaient autant d’appels au secours de l’esprit de la Rivière, la Vouivre sans doute, au bon sens des hommes.

Aujourd’hui tout est calmé, comme si la rivière avait renoncé à se battre... Blessée mais pas soignée, elle est devenue moribonde car d’autres attaques ont encore été menées contre elle.
Mais cela fera l’objet d’un autre chapitre de cette triste histoire...