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L’église Saint-Mainboeuf de Montbéliard

mercredi 7 juillet 2010, par Mitch

D’une construction assez récente, l’église Saint-Mainboeuf en impose surtout par sa stature et par son style éclectique.

Elle est classée Monument Historique depuis le 2 septembre 1994.

Qui était Saint-Mainboeuf ?

Nous avons peu de certitudes sur ce personnage. Il s’agirait d’un irlandais du IXe siècle, disciple de Saint Colomban (fondateur de l’abbaye de Luxeuil, au VIe siècle).

Sa légende raconte que, en chemin pour Rome, il aurait été attaqué et tué par des brigands près de Dampierre-sur-Linotte (en Haute-Saône), à cause de ses gants et de son écuelle en bois doré qui ont pu leur faire croire à un pélerin riche et noble.

Ses reliques ont été déposées à l’église Saint-Mainboeuf au XVIe siècle (à l’époque, l’église se trouvait sur le parvis du château). Elles furent vénérées par de nombreuses personnalités de l’époque et des siècles suivants. Citons par exemple Jean Sans Peur, Charles le Téméraire, l’empereur Maximilien, le Dauphin Louis de France...

Sa relique a été perdue au XVIe siècle, au moment de la Réforme.
Une petite partie (un fragment d’os de la main) en a été retrouvée à Besançon ; depuis le 19 septembre 1939, celle-ci est désormais conservée dans un reliquaire dans l’église Saint-Mainboeuf que nous connaissons.

La seconde naissance de l’église

Une première église Saint-Mainboeuf existait à Montbéliard dès le Xe siècle ; elle était située sur le parvis du château. Après avoir été affectée au culte luthérien en 1538 sous l’autorité du Duc Ulrich IV de Wurtemberg, puis fermée en 1793 au moment du rattachement de Montbéliard à la France, elle sera détruite en 1810 pour laisser la place à un casernement militaire.

Avec le développement économique de la ville, la communauté catholique s’agrandit rapidement à Montbéliard : de 320 en 1810, ils passent à 1300 en 1840, puis à 2600 en 1856. Ils ont pour seul lieu de culte la chapelle du collège universitaire, qui s’avère rapidement trop petite.

Le Cardinal Matthieu, archevêque de Besançon, va répondre à ce manque. Après avoir obtenu en 1843 l’accord du pape pour construire un grand édifice catholique à Montbéliard, il va récolter des fonds au moyen de souscriptions (et non pas par subventions).

Une architecture digne d’une cathédrale

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Le plan de l’église est en T, et non pas en croix comme initialement prévu.

Le Cardinal Matthieu a la volonté de faire plus et de faire mieux que les établissements protestants : après plusieurs siècles de luthéranisme, il veut affirmer ce retour en force du catholiscisme.
Il s’éteindra en 1875, 6 ans avant la fin des travaux.

Les travaux dureront une trentaine d’années, entre 1850 et 1880. Deux architectes se succéderont pour diriger le chantier : le montbéliardais (protestant !) Jean-Frédéric Fallot, puis Antoine Gaëtan Guérinot à partir de 1869.
Ils vont notamment utiliser des matériaux métalliques, ce qui est une innovation importante à cette époque.

Une grande partie du collège universitaire, construit sous le règne de Frédéric 1er, sera rasée pour laisser la place à la nouvelle église.
Dans un premier temps, seule la nef sera construite, en grès jaune de Frédéric-Fontaine ; elle sera ouverte au culte dès 1866. Le choeur fera l’objet d’une seconde tranche de travaux à partir de 1870 ; il sera construit en grès de Dambenois, plus rosé. Les travaux cesseront le 1880.
Faute de crédits, certains décors n’ont pas été achevés : une seule flèche verra le jour, le dôme sur la croisée sera abandonné et le choeur ne dépassera pas le transept pour surplomber la petite rue de l’église. Une maquette du projet original, réalisée en 1850, est visible au Musée Beurnier.

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Aspect extérieur

Le soubassement est volontairement massif, comprenant des « niches » destinées à accueillir des boutiques. Il est en grès de Dambenois, tout comme l’escalier monumental qui monte à la terrasse.
La terrasse est très dégagée, permettant à l’église de « trôner » sur son emplacement : on sent la volonté de mettre en scène l’édifice, dont les mensurations sont celles d’une cathédrale. Sa masse imposante domine outrageusement le temple Saint-Georges situé en contrebas.
Les travées hautes et relativement étroites insistent sur la verticalité, encore accentuée par la flèche très pointue de 65m de haut.

Les façades sont décorées d’une profusion de motifs (végétaux, coquilles...) très ciselés, dans un style néo-renaissance. Fait assez rare pour une église, les décors se développent sur toute la hauteur de l’édifice.
Ce style éclectique veut montrer tout l’art du catholicisme, et illustre très certainement la volonté de dominer en style et en ornementation le temple Saint-Martin, le grand symbole du luthéranisme montbéliardais.

La toiture avait été faite initialement en tuiles. Sur la volonté du Cardinal Matthieu, elle a été entièrement refaite en ardoise quelques années plus tard.

Aspect intérieur

La nef mesure 45m de long pour 15m de large et une hauteur de 18m.
Des tribunes y ont été ajoutées en 1853 pour prévoir plus de places pour les fidèles. Elles sont soutenues par des piliers en pierre, ceux de l’étage étant faits de bois couvert de platre ou de stuc.

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4 niches percées se trouvent à l’entrée du choeur. Elles abritent chacune une statue réalisée selon une méthode innovante en « carton-pierre » : en bas St Pierre et St Paul, en haut St François de Salles et St Vincent de Paul, deux grandes figures de l’église de France aux XVIe et XVIIe siècles.

Le choeur est dominé par une voute montée sur une structure métallique.

Il y a 20 niches tout autour, avec des statues de saints locaux, faites de platre creux ; les femmes sont sur la gauche, les hommes à droite. Toutes sont étonamment fines pour l’époque.

On retrouve les mêmes choix stylistiques qu’à l’extérieur :

  • un effet de verticalité, grâce notamment à l’alignement des colonnes basses et de celles de l’étage, alignées également avec les arcs de la voute ;
  • une profusion de décors, de colonnes, de niches, d’ornements sculptés...
  • en bas, on trouve quelques peintures (qui ont pu être restaurées grâce à l’association des amis de Saint-Mainboeuf), le relicaire, un tableau représentant la mort de Saint-Mainboeuf, des chandeliers et les croix de consécration de l’église, qui eut lieu en 1905 ;
  • le chemin de croix, le retable et les confessionnaux adoptent tous le style néo-renaissance.

La galerie de circulation haute permet de faire le tour de l’édifice, grâce au prolongement des tribunes. L’escalier qui y monte faisait partie du collège universitaire.

Notons enfin que la grande statue en bois représentant Saint Joseph a été réalisée par Armand Bloch, célèbre sculpteur montbéliardais, et que les combles ont servi de cache d’armes pendant la seconde guerre mondiale.


Le choeur est entouré de deux chapelles : celle de droite est dédiée à la Vierge Marie, celle de gauche à Saint Joseph.
Elles sont chacune décorées par une immense peinture (2m80 x 5m60) que l’on doit au même artiste Joseph Aubert (un peintre nantais marié à une mortuacienne) :

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la première, réalisée en 1902, représente de façon très réaliste et sombre la Déploration du Christ

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la seconde, peinte en 1921, illustre une scène de la première guerre mondiale : la bénédiction d’un soldat mort

Les 2 toiles ont nombre de points communs : même structure, même attitude du mort, même douleur des proches... L’actualité fait écho à l’époque du Christ par-delà les siècles.

Les orgues et le retable

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Le grand buffet de l’orgue a été dessiné par Théophile Klem, maître sculpteur à Colmar, et réalisé par M Simonet, de Neufchâteau. L’instrument a été construit par Henri Didier (d’Epinal). L’ensemble sera inauguré le 7 janvier 1900.
Il comptait 21 jeux à l’origine. Il a été restauré et agrandi en 1972 : l’ajout d’un positif lui offre désormais une étendue de 32 jeux, permettant de jouer un répertoire couvrant toutes les époques.

Le grand retable a été réalisé en 1890, selon le dessin du même Théophile Klem. Il répond au buffet d’orgue, adoptant exactement la même hauteur de 10m. C’est un triptique représentant :

  • à gauche Saint Mainboeuf ;
  • à droite Saint Claude, évêque de Besançon ;
  • au centre la Crucifixion du Christ, avec la Vierge et Saint Jean.

Le tout est dominé par une réprésentation assez rare de Dieu le père, et on peut voir en bas un pélican doré, symbole du sacrifice du Christ.
La structure pyramidale de l’ensemble se détache dans un arc de triomphe. Celui-ci porte les armes du Cardinal Paulinier, qui a succédé au Cardinal Matthieu, reprenant la même volonté de faire financer les travaux par la paroisse.

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Le soubassement de l’église : très massif, sans décors, pour accentuer le faste de l’édifice.
Les grandes portes devaient accueillir des boutiques.

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L’esacalier qui mène aux tribunes faisait partie du collège universitaire qui a été en grande partie démoli.

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A l’intérieur comme à l’extérieur, les travées hautes et basses sont alignées pour donner un effet de verticalité.


P.-S.

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Le collège universitaire

Construit par Heinrich Schikhardt entre 1598 et 1607, le collège protestant était l’édifice majeur de la « Neuveville », le quartier créé pour accueillir les réfugiés huguenots persécutés en France à cette époque. Selon la volonté de Frédéric 1er, soucieux de l’éducation de son peuple, il devait permettre la formation des pasteurs et des enseignants.

Il n’assurera finalement sa fonction que pendant quelques années :

  • à cause des crises qui secouent la région, il n’ouvre pas avant 1670 ;
  • il doit fermer en 1676 avec l’arrivée de l’armée française dans Montbéliard.
    Celle-ci impose d’y créer une chapelle, ce qui sera la naissance de la paroisse catholique.

Une grande partie de l’édifice sera démolie en 1850 pour laisser la place à l’église Saint-Mainboeuf, puis en 1932 au bénéfice d’un gymnase.
Il ne reste aujourd’hui qu’une partie de l’aile nord, hébergeant le presbytère, et classée monument historique depuis 1989.



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