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L’église paroissiale du Sacré-Coeur, à Audincourt (25)

lundi 5 juillet 2010, par Mitch

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Connue comme l’un des hauts lieux de l’Art Sacré, sa sobriété architecturale contraste avec la richesse de ses vitraux, créés par Fernand Léger, Jean Bazaine et Jean le Moal.

Elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques.

Un contexte historique et artistique particulier

Pendant plusieurs siècles, le Pays de Montbéliard a été un fief protestant. Ainsi, au début du XIXe siècle, les catholiques sont moins de 2000.
A Audincourt, leur seul lieu de culte à l’époque est la Chapelle de l’Immaculée Conception (à ne pas confondre avec l’église actuelle qui porte le même nom).

L’essor industriel que connaîtra le nord Franche-Comté dès le XIXe siècle et se poursuivra au XXe avec le développement des Automobiles Peugeot crée un important besoin de main d’oeuvre. Une importante population va donc venir, de France et de l’étranger, s’installer dans le Pays de Montbéliard ; dans ce quartier d’Audincourt, ce sont principalement des italiens et des polonais qui s’installent.
Nombre d’entre eux sont catholiques, il y a donc grand besoin de nouveaux lieux de culte. Après la construction de l’église de l’Immaculée Conception à Audincourt en 1930, ce sont pas moins de 8 grands édifices qui vont voir le jour dans les années 50 autour de Sochaux (où l’usine Peugeot comptera jusqu’à 40 000 ouvriers).

L’Art Sacré est en plein renouveau

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Autel

Dans ces premières décénies du XXe siècle, l’architecture sacrée fait débat. Les uns sont partisans d’un art fidèle aux constructions historiques (arts roman, gothique, néo-gothique...), les autres prônent un renouveau artistique.

A Audincourt, l’Abbé Louis Prenel (premier curé de la paroisse) est favorable à ce courant novateur, et il souhaite que la future église dont le quartier a bien besoin s’inscrive dans cette mouvance.
Il découvre par hasard une église en Savoie qui le séduit : simple, belle et sobre, cette église a toutes les qualités qu’il recherche ! Sans plus tarder, il prend concact avec l’architecte (Maurice Novarina) et construit avec lui le projet.

Par l’intermédiaire du père dominicain Marie-Alain Couturier, l’abbé Prenel fait appel à des artistes de renom pour en décorer l’intérieur. Miro, par exemple, aurait été contacté et aurait refusé de participer à ce projet.

Un formidable élan populaire

Le problème, comme souvent, ce sont les finances : toutes les économies de la paroisse sont investies dans l’achat du terrain, et l’on craint que la construction ne dépasse le budget prévu.

L’Abbé Prenel organise alors toutes sortes d’événements (quêtes, kermesses, tombolas...), et tout le monde va l’accompagner dans sa volonté de faire aboutir le projet : des séances de cinéma sont organisées au profit de la paroisse (le Lumina en reversant tous les bénéfices), un camion est prêté par Peugeot, et surtout les paroissiens mettent la main à la pâte, consacrant leurs premiers jours de congés payés à la construction de l’église. Ainsi, on retrouvera cette main d’oeuvre gratuite dans la charpente, dans la maçonnerie, et jusque dans la construction des bancs dessinés par Novarina mais fabriqués par les paroissiens !

On dit que Fernand Léger était réticent à accepter ce projet, mais que cette ferveur populaire l’a touché et l’a décidé à y apporter sa contribution.

Les travaux commenceront en 1949, et l’église sera inaugurée en 1951.
Notons que le baptistère est alors ceint de panneaux de verre blanc : les vitraux de Bazaine ne seront réalisés qu’en 1954.

Un édifice très réussi

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La façade est ornée d’une gigantesque mosaïque créée par Jean Bazaine

Extérieurement, l’édifice est très sobre : les dimensions n’ont rien de monumental (37m de long), les couleurs des vitraux apparaissent peu. On appréciera le jeu du béton et des pierres de taille, du plus bel effet.

Autour du corps de l’église, on trouve :

  • côté droit, un haut clocher rappelant l’architecture byzantine ;
  • côté gauche, un baptistère ;
  • à l’arrière, une sacristie.

En façade, une immense mosaïque domine l’entrée principale de l’église. Créée par Jean Bazaine, elle se veut chaleureuse et accueillante par ses couleurs, dynamique par le mouvement des eaux qu’elle représente et qui emportent tout : la vie, la foi...

En fait, c’est une volonté de l’architecte d’en faire un écrin sobre pour l’expression des artistes à l’intérieur du bâtiment.
Poussons donc la porte !

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La nef

La nef, unique, est également très sobre : les colonnes, arches et autres statues des siècles précédents sont bien loin ! Au contraire, nous avons là une salle large et accueillante qui inspire la sereinité.
Son plafond en forme d’arc surbaissé semble posé sur la magnifique ceinture de vitraux.
Au fond, le choeur se détache par sa clarté.

Ce qu’il est important de souligner, c’est l’atmosphère : elle est particulièrement chaleureuse grâce à la lumière et à la couleur qui occupent tout l’espace.

Les vitraux de Fernand Léger

Cette lumière et ces couleurs, qui apportent leur magie à cette église, nous les devons aux vitraux créés par Fernand Léger : 17 panneaux de verre très colorés forment une étonnante ceinture de lumière tout autour de la nef.

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« L’un des soldats, de sa lance, perça le côté de Jésus » (Jean 19,34)

Sont associés à la fois la lance qui a blessé le Christ et la corde qui l’a lié. A gauche, la chaîne (mais ici intacte) et à droite, le serpent, allusion au vitrail suivant ; « De même que Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faudra-t-il que soit élevé le fils de l’homme » (Jean 3 / 14.15)

Les ruptures avec l’Art ancien sont nombreuses :

  • première surprise, ces vitraux sont horizontaux !
  • ils accolés les uns aux autres, tout juste séparés par une armature en béton ;
  • c’est une représentation de la passion ;
  • on y retrouve les étapes de la vie du Christ et de son chemin de croix, mais les panneaux sont agencés de façon esthétique, et non pas chronologique ;
  • enfin, s’il y a parfois des parties du corps humain (comme les mains jetant les dés), il n’y a aucun personnage représenté en entier.

Un timbre, édité en 1981, représente l’un de ces vitraux (les 3/5, pour être précis).
Un panneau près de l’entrée donne une explication de chaque vitrail au visiteur.

Le choeur

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Derrière un autel de pierre noire (toujours cette recherche de la sobriété) trône une grande tapisserie. Sur son fond clair se détachent le blé et la vigne, symboles de l’eucharistie, ainsi que les poissons.

Son dessin a été offert par Fernand Léger, puis elle a été réalisée gracieusement par un couple de français vivant aux Etats-Unis : jusqu’au bout, la solidarité et la générosité auront permis la réalisation de l’église.

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Sur la gauche se trouve un petite statue d’une vierge à l’enfant. Elle date du XIVe siècle ; l’abbé Prenel, qui l’avait trouvée à Paris chez un anticaire, se l’est vue offrir par un généreux donateur, encore.

C’est une vierge souriante, au déhanché typique du style bourguignon de l’époque, et dont l’enfant tient un livre entre ses mains.

La crypte

Sous le choeur, la crypte est elle aussi décorée de vitraux, créés par Jean le Moal. Contrairement à ceux de la nef et du baptistère, ils sont assez peu colorés, afin de créer une ambiance plus proposice au recueillement.

Le baptistère et les vitraux de Bazaine

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La baptistère : un cocon de lumière et de couleurs !

Juste à gauche de l’entrée principale, le baptistère constitue lui-même un accès à l’église, permettant au futur baptisé d’entrer là avant de se faire baptiser et d’accéder à la salle principale.

La première impression est celle d’un arc en ciel : la pièce est circulaire, et ses murs sont entièrement fait de vitraux colorés ! Cette mosaïque est une création de Jean Bazaine, réalisée en 1954 (3 ans après l’inauguration de l’église) et constituée de dalles de verre taillées et coulées dans un béton muni d’armatures en fer.

Au centre de la pièce, la cuve baptismale taillée dans de la pierre de lave de Volvic (par Etienne Martin) se veut accueillante par ses formes douces et rebondies.

Voir en ligne : découvrez la splendide galerie de photos de Claude Nardin sur www.audincourt.com



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La crypte