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Miau d’coché - cramayote - confiture de pissenlits

mercredi 4 mai 2011, par Thier

Nos amis patoisants de « Kanentelos », blog qui sert de tribune à la langue saintongeaise ou charentaise nous ont confié la recette merveilleuse du « Miau d’coché » (Miel de pissenlit), plante dite aussi « Baraban » en Forézien, mais surtout « Cramayot » en cette autre langue d’Oïl, qu’est le parlé Franc Comtois.

Cette confiture « la cramayotte », est une spécialité de Franche Comté. Yany Augiron, que nous remercions au passage, nous en donne la recette en patois charentais, ainsi qu’une traduction, qui raviront sans doute à la fois les amoureux de patois de France et de bonnes recettes culinaires.

O faut alé quéri des fieure de coché, in jhor de grand soulail, o pius châ d’la jhôrné. Vous fassé bin sur, coume o vous agrale, mé ramassé sus les barnes, vout’ bouilliture ara l’goût d’feizire et in fieuranjhe de pot d’chap’ment. Dans les fau-rang d’veugne (la voure les coché v’nant in cot sus deus, et qu’ol é point in mirak’ !!!) o s’pauri que vout’ cramayote séyisse ine vré bouillie bordelaise de chez Monsanto ! Dont, le meu, o s’ri o mitan d’ine pianche d’arbe, sus l’urée d’l’Antenne oub dau Né, vour beun de la Chérente, a moins qu’o seyisse en payibas, au long de la solouère.

Saquez dans vout’ baqué in demi mile de thiellè fieure jhâune copé ras la quoue . Fan de loup , in d’mimile , ol en feit des fieure !!!! Min-me en thieuyant rinque des grouses !!!

Si vous eite beuneize en vout’ endret, asteur ,teurché in p’tit d’ombe (s’ol a des feuilles), posez vous d’assiant et mettez vous dont à l’uvrajhe d’outroumé le mé possibye dau vart qu’ol a-t o thiu de vout’ racolte ol é pas de c’qu’ol a de pius bon ! Amprès…… fazez in sonjhe oub subiez ine chansounette, fasez sabé ine jhitte de frâgne (ol é l’moument , la sève monte de thiés temps). Thieu por déssi qu’ol o pus reun qui presse, asteur que vos fieures sont en vout’ panéd’boué.

Rendu t’a la meison, éparez vout’ ar’colte sus ine geuneuille prope, deyior, abrié dau soulail. Thyitté les musset s’arraché d’là. Tout in moument encouére peurnons nout’ temps, jhe sons point préssé t-en reun !

Dans n-ine bassiote à l’aspré, nijhez vos fieures aveuc in coubye de lite d’ève , de la boune, qu’éssame pas la punénaisie de jhavel ! Copez z’y otout 2 citron et 3 poume d’orange en rouelle. O va falouère rasté ine heure de r’lojhe aveuc in’ éthiumouére peur acaché sus les fieures, qu’al rastiant beun nijhé sous l’éve à min-me de bouilli. O va vous vassé m’en doute…… Brsst, fasez dau meu qu’o s’ra possibye.

Amprès thieu, fasez beun sailli l’ jhus qui s’ra dans les fieures, tant mé qu’o s’ra possibye et dounez les o poules. Fitrez le jhus et l’bouillon en ine passette. Ol é a thieu moument qu’o convint d’ajhouté 900 grammes de suc. Fazez thieure por qu’o caille, quéyiment troués quart d’heure- ine heure. A vous d’vouére coume o s’passe !

Por z’ou meite en pot, me sembye que tout l’monde queneu. D’azard, vu que thielle cramayote é ine afeire bin fine qu’o fauri pas manghé à pienne goule coume des gorets (en vous raspectant) ol é meu d’avouère des p’tit pots. Et fazez me l’piaisi de piacré o thiu d’ chaque d’in, ine feuille de baume la goule en bas.

Si ol é fin bon, savau qui qu’o faudra ar’marcié ? Si ol é rimé oub’ qu’o sembye à reun, savau qui étou qui z’ou ara gavagné ?…. hé …. Peurdi !!

Notes :

l’goût d’feizire : Par opposition au goût de “retourne z’y ” (comprendre fait zire)

Les fau-rang d’veugne : Espace en-herbé ou pas, séparant deux rangs de ceps de vigne.

outroumé : Enlever, découvrir, écarter, faire disparaître.

fasez sabé ine jhitte de frâgne : Séparer, décoller l’écorce d’une jeune branche de frêne.

Poume d’ orange en rouelle : Fruit de l’oranger coupé en rondelles (comme une petite roue ).

Por qu’o caille : Pour que l’ensemble se solidifie : en gel, miel ou confiture et jusqu’à la pâte de fruit.

Ine feuille de baume : Feuille de menthe, rappelez vous l’expression « meite de la , dau baume au thieur » et vous réaliserez l’importance de ce petit détail culinaire.

Cramayots : Le web master ne peut éviter de rapprocher ce mot avec notre mot « cramayière » et d’entrevoir dans les deux cas les formes dentelées caractéristiques des feuilles de pissenlits. Mais le vent emporte les rapprochements du web master, tout comme les akènes duveteux de nos « coché ». Brssst……

Traduction :

Il faut aller a la cueillette des fleurs de pissenlits, un jour de grand soleil, au plus chaud de la journée. Vous procédez comme bon vous semble , bien sûr, mais récoltées sur les bermes, votre préparation aura le goût de « cela m’écoeure » et un parfum de pots d’échappement. Au sol des inter-rangs de vigne, là où les pissenlits poussent un inter-rang sur deux (Ce n’est pas un miracle, mais le désherbage chimique), il se pourrait fort que votre confiture de pissenlits soit une vraie « bouillie Bordelaise » de chez « Monsanto ». Donc , le mieux serait au milieu d’un pré, sur les rives de l’ « Antenne » (1), du « Nez » (2) ou bien de la Charente (3), à moins que ce ne soit en pays bas Charentais (4) le long de la « Soloire » (5 ). (1-2-5) : rivières Charentaises. (3) : Fleuve Charentais. (4) : zone de faible hauteur altimétrique entre Matha et Jarnac.

Déposez en votre panier, un demi-mille de ces fleurs jaunes, coupées ras la queue. « Enfant de loup », un « de Mimile », cela en fait des fleurs, même en ne cueillant seulement que des grosses !

Ensuite , asseyez vous et mettez vous en devoir d’enlever le plus possible du vert qu’il y a au « cul » des fleurs , ce n’est pas ce qui donne le meilleur goût ! Après , faites une sieste ou sifflotez une chansonnette, faites se dévêtir une jeune branche de frêne : c’est le moment, la sève monte ! Tout cela pour dire que plus rien ne vous bouscule maintenant que les fleurs sont en votre panier !
De retour chez vous, étendez votre récolte sur un linge propre, dehors, protégée du soleil . Laissez les moucherons en sortir et s’écarter. Tout un moment encore, prenons notre temps, nous ne sommes absolument pas pressés ! [color=#FF0000]Nota : Le Charentais n’est point pressé !!

Dans une bassine adéquate, noyez vos fleurs sous 2 litres d’eau, de la bonne, qui ne pue pas le chlore. Coupez y aussi 2 citrons et et 3 oranges en rondelles. Il va falloir agir une heure d’horloge avec l’ écumoire pour appuyer sur les fleurs, qu’elles restent bien noyées dessous l’eau en ébullition. Cela va vous impatienter, sans doute... Brsst, faites au mieux qu’il vous sera possible.

Après cela, faites bien sortir le jus logé dans les fleurs, autant qu’il sera possible. Donnez ensuite les fleurs cuites aux volailles. Filtrez le jus et le bouillon de cuisson dans une passoire. C’est à ce moment qu’il convient d’y ajouter 900 g de sucre (en poudre). Faites cuire jusqu’à la prise, à peu près trois quarts d’heure – une heure . A vous de maîtriser cette opération.
Pour la mise en pot, il me semble que chacun sait faire cela, par hasard parce que cette « cramayote » est très subtile qu’il ne faudrait pas la manger a pleine bouche comme des cochons [color=#FF0000]( en vous respectant ), il est mieux de disposer de petits pots. Faites moi le plaisir de coller au fond de chaque pot, une feuille de menthe placée sur son en envers.

Si ce miel de pissenlits est « fin bon », vous savez qui il conviendra de remercier pour la recette ! Si il est brûlé ou que cela ne mérite pas d’intérêt , vous savez qui aura fait perdre la préparation... hé , pardi !!!

Voir en ligne : Billet original sur le blog de Kanentelos