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rue du clousey

mardi 15 septembre 2009, par le riolu

La voie ferrée traverse la rue du clousey.
Dans la vallée de la Loue, plusieurs clouteries, aujourd’hui disparues, ont vu le jour grace à la force motrice de la rivière.
Au centre du village se trouve l’ancienne scierie. Enorme, elle a été transformée pour y accueillir différents commerces.

Rue du Clousey

Le charpentier était un patron rude et exigeant. Il avait pour devise « Des planches et des clous ! » Tout le monde s’adressait à lui car, malgré son ton bougon, ses colères et ses sautes d’humeur, c’était le meilleur professionnel de la région. Il devait sans cesse refuser du travail si tant qu’ (tellement) il était demandé. Ses ouvriers de la pique (l’aube) au créuscule étaient constamment recrus de fatigue. Dépéchez-vous ! Clousez-moi cette planche, Clousez cette poutre ! Clousez ! clousez !...
Un jour, un client tout vétu de noir lui demanda de fabriquer une boite en sapin de deux mètres de long, mais dont ne devait pas voir un clou. Il refusa tout net, prétextant que ce travail n’était pas digne de lui. Durant tout un mois, le client revint tenter de le persuader. Chaque visite voyait le prix augmenter. A la fin du mois celui-ci atteignait le prix d’une ferme avec ses dépendances et appentis.
Devant ce gain énorme, il se mit tout de mème au travail, sachant que cela ne lui prendrait que peu de temps. Il prit des planches fraichement débitées à la scierie, des clous de la Loue et monta vite l’ensemble, mais le dernier coup de marteau donné, il s’aperçut qu’un clou dépassait. Il l’enfonça d’une seule frappe, ce qui fit en ressortir un autre. Et plus il frappait, plus les vibrations faisaient sortir les autres. Il cogna de plus en plus fort, ce qui démolit toute la caisse. Furieux il recommença. Jamais une telle injure à son travail ne lui était arrivée. Il ne voulut rien entreprendre d’autre avant d’avoir fini ce défi. Il ne mangeait plus, ne dormait plus, obsédé par cette boite. Pour ne pas ètre dérangé, il cloua sa porte en criant : « Je vais clouser cette porte pour que le diale (diable) ne puisse pas entrer ».

Au bout d’un an, épuisé, il pensa trouver la solution en fermant la boite de l’intèrieur : ainsi aucun clou ne pourrait en sortir. Ce qui fut le cas. Mais lui non plus. Et c’est ainsi qu’on l’enterra, dans le cercueuil qu’il avait lui-mème fabriqué.

Il criait souvent ‘’Clousez cette planche pour barrer la porte’’. Cette faute de language est restée.

Le riolu.



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