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Les débuts d’un naturaliste de génie

vendredi 2 janvier 2009, par Mitch

Si Georges Cuvier est reconnu pour ses travaux sur la zoologie, la paléontologie et la biostratigraphie, il l’est en revanche bien moins pour ses recherches en matière de botanique.
Il y consacra pourtant plusieurs années de sa vie, construisant dans sa logique et sa méthode rigoureuse son avenir scientifique (il a alors entre 19 et 26 ans).

Il nous reste aujourd’hui plusieurs centaines de parts de son herbier (qui comptait au départ plus de 2000 plantes !), ainsi qu’un manuscrit destiné à son ancien professeur, Johann Simon Kerner.

Les travaux d’un scientifique débutant

Georges Cuvier s’intéresse très tôt à la nature. Il n’a pas 10 ans qu’il parcourt déjà la campagne montbéliardaise à la recherche d’insectes et de plantes, en compagnie de son ami Pierre-Frédéric Wetzel (botaniste amateur qui communiqua sa passion à Charles Contejean).

Ses études à Stuttgart l’amènent à étudier, entre autres, la législation des eaux et forêts, lui permettant ainsi de compléter ses connaissances en sciences naturelles.
C’est à cette époque que Cuvier débute son herbier, avec quelques plantes récoltées dans les champs environnants ou au jardin botanique de la ville.

En 1788, son diplôme en poche, il part en Normandie pour remplacer un ami de de la famille, Georges Frédéric Parrot (1767-1852, un des premiers fondateurs de la théorie de l’électrolyse) comme précepteur du fils du comte d’Héricy. Il va profiter de ce séjour de 7 ans (entre 1788 et 1795), à Caen puis à Fiquainville, pour s’initier à tous les domaines de la Nature ; il dissèque, dessine et décrit tout ce qui lui passe entre les mains : insectes, reptiles, oiseaux, mammifères (chassés pour lui par un serviteur du comte), poissons, fossiles...
Cuvier va tout naturellement continuer à enrichir son herbier, et crée au passage son « herbier des amis », un herbier de doubles qu’il réalise pour ses anciens camarades. Il classe son herbier selon l’ouvrage « Species Palntarum » écrit par Carl von Linné en 1753 et offert à Cuvier par son ancien professeur à Stuttgart, Johann Simon Kerner.

L’herbier de Cuvier

La bibliothèque de l’institut de France conserve la manuscrits de Cuvier sur l’inventaire et la description de toutes les plantes de son herbier : ce sont quatre « Diarium Cryptogamicum » datant de 1786 à 1790 et un cinquième document baptisé « catalogus herbarii - Secundum Methodum Jussiei digesti », rédigé en 1793, dans lequel Cuvier reclasse toutes ses plantes selon la toute nouvelle méthode d’Antoine de Jussieu.
Notons que tous ces manuscrits sont agrémentés de nombreux dessins descriptifs, dont certains ont été mis en couleur.

Grâce à ces documents, nous connaissons aujourd’hui l’ampleur de l’herbier consitué par Cuvier : les quatre « Diarium Botanicum » ressensent 1138 plantes décrites au 1er novembre 1789 et récoltées en 3 ans, auxquelles viennent s’ajouter 1083 nouvelles plantes pendant les 4 années suivantes. Dans son autobiographie manuscrite, Cuvier avance même 3000 à 4000 plantes en 1794, regroupant (peut-être ?) son herbier personnel et son « herbier des amis ».

Par la suite, le grand savant ne se consacrera plus à la botanique : arrivé en 1795 au Musée national d’Histoire Naturelle de Paris, ce sont les « Mondes disparus » peuplés d’animaux vertébrés inconnus et entièrement à reconstruire qui vont l’accaparer jusqu’à la fin de sa vie.


Fasciculus Observationum Botanicarum

En 1790, Georges Cuvier rédige à l’attention de Johann Simon Kerner (son professeur de botanique à l’Institut Caroline de Stuttgart) un petit fascicule d’observations botaniques : « Fasciculus Observationum Botanicarum ». Cet ouvrage, par les jeux du hasard et de l’histoire, est revenu à Montbéliard vers la fin du XIXe siècle.

Entièrement rédigé en latin, il n’a été traduit que très récemment, pour être intégré au livre « L’herbier de Georges Cuvier » édité par la Ville de Montbéliard (voir ci-dessous).
Extrait :

« Très cher ami, vous m’avez le premier amené à l’étude de la nature. Eh bien, je vous offre ce petit travail comme gage de ma reconnaissance. Vous enseignez le monde entier par vos livres, vous le charmez par vos tableaux (*). Moi aussi, par votre intermédiaire, je veux offrir au monde des écrits et des figures. Vous développez admirablement la botanique par vos découvertes. Moi c’est très peu de chose que je leur ajoute : quelques observations, n’est-ce pas, sur des variétés déjà connues, mais aussi des descriptions et des croquis de variétés inconnues ou moins bien signalées. »

(*) : Cuvier fait référence aux nombreuses planches que Kerner peignait lui-même.

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Extrait des « observations botaniques » de Cuvier.

D’emblée, le jeune scientifique remet en cause les théories de Linné, qui faisait alors partie des naturalistes les plus renommés et de ceux qu’il considérait comme ses maîtres en la matière : « Pourquoi Linné a-t-il groupé dans le seul genre des Génariums tant de plantes si différentes ? » commence-t-il.
Nous sommes alors en janvier 1790, Cuvier n’a pas encore 21 ans... Orgueil démesuré ? Assurance de sa réflexion et de sa logique ? Invicibilité de la jeunesse ? Sûrement un peu de tout ceci. Toujours est-il que ceci illustre bien une facette du personnage.


Du démantellement de l’herbier...

Lorsqu’il part pour Paris en 1795, Cuvier laisse son herbier au château de Fiquainville ; on ne connaît pas la raison de cet abandon, peut-être n’imaginait-il pas rester si longtemps dans la capitale.
Madame Desjardins, conservateur en chef des musées de Fécamp, racontait ainsi l’histoire de l’herbier lors du premier colloque Cuvier qui eut lieu en 1982 à Montbéliard :

"En 1828, le château fut mis aux enchères et l’ensemble du mobilier fut alors dispersé. L’herbier n’échappa pas à la vente. Une partie fut acquise par un notaire du nom de Giraudet, qui l’offre n 1838 à son beau-père M. Castillon. Le fil de ce dernier, Léopold, notaire à Louviers, en aurait fait présent au Muséum de Rouen.

Vers 1830, o voyait encore à Valmont la boutique d’un horloger, M. Aube, entièrement tapissée de planches de l’herbier de Cuvier. Vers 1870, M. Brianchon en signale 200 chez le docteur Dupont à Valmont.

En 1941, M. R. Bellencontre signale encore quelques parts chez M. Jean Sorel, ancien pharmacien, chimiste à Fécamp. Le musée de Fécamp possède plusieurs planches d’herbier, mais une seule est annotée de la main de Cuvier, on ne sait pas d’où proviennent les autres. Elle a été offerte par M. A.P. Le Grand au début de ce siècle, et il est vraisemblable que cette famille en possède d’autres exemplaires.

D’autres m’ont été signalées [chez un particulier], qui les a mises en dépôt aux Archives départementales de la Seine-Maritime".

Aujourd’hui, il ne reste officiellement que 170 planches (concernant 251 plantes différentes) de l’herbier de Cuvier, dont 77 au Laboratoire de Phanérogamie du Musée National d’Histoire Naturelle de Paris et 89 au Musée d’Histoire Naturelle de Rouen. Le Muséum Cuvier de Montbéliard possède 6 dessins exécutés par Cuvier lors de son séjour en Normandie.

... à sa ré-édition récente

En 2002, dans ce même Château de Montbéliard eut lieu l’exposition « Fleurs, mignonne allons voir... », consacrée à la botanique et où figurèrent quelques herbiers du XIXe siècle. Ce fut le point de départ d’une immense recherche, réalisée conjointement par le Muséum Cuvier et la Société d’Emulation de Montbéliard, pour rassembler un maximum d’information sur les travaux botaniques de Cuvier.

Ce travail a abouti en 2007 à l’édition par les Musées de Montbéliard d’un magnifique fascicule intitulé « L’herbier de Georges Cuvier ». Ce document retrace la carrière de naturaliste du savant, traduit son manuscrit « Fasciculus Observationum Botanicarum » et, surtout, présente les 177 planches survivantes dans une édition en couleur de toute beauté !
(Ce livre doit encore être disponible à la vente dans le Musées de Montbéliard).

Quelques illustrations, pour vous mettre l’eau à la bouche :
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Les planches de cet herbier plus que centenaire contiennent des plantes qui ont conservé toutes leurs couleurs.

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Notez la précision du dessin de Cuvier par rapport à la plante magnifiquement conservée dans son herbier.

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On retrouve sur certaines planches des anotations de la main de Cuvier.