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Eugène et Elisée CUSENIER

dimanche 6 février 2005

Emile, né à Etalans en 1832, mort à Paris en 1894.
Elisée, né à Etalans en mars 1851, mort à Besançon le 17 novembre 1928.

Parmi les sociétés industrielles qui ont été crées en France dans la seconde moitié du XIXe siècle, il en est peu qui aient fait davantage pour assurer la suprématie du commerce français à l’étranger que la grande distillerie E. Cusenier, Fils aîné et Cie. Par ses établissements d’Ornans, de Paris, de Charenton, de Marseille, de Cognac, de Mulhouse, de Bruxelles, de Londres, de Buenos-Ayres, de Montevideo, de Mexico, de Shangaï, de Calcutta, etc..., et par ses innombrables représentants, elle rayonne sur toute la surface du globe. Mais outre qu’ils ont donné à leur entreprise personnelle une impulsion extraordinaire, les Cusenier, par leur exemple, leurs incitations, ont doté la distillerie française d’une vitalité qu’elle ne connaissait pas auparavant.

Dans la fabrication des liqueurs, en effet, on ne sortait pas des sentiers battus de la routine et des formules empiriques, et c’est à eux que revient le mérite d’avoir su appliquer toutes les ressources de la science et de l’art à leur perfectionnement. C’est grâce aux Cusenier, enfin, que la distillation a pu se hausser au rang d’industrie scientifique et se placer au nombre des premières industries nationales.

Eugène, l’aîné des frères Cusenier, fut le fondateur de cette puissante maison. Ses débuts dans la distillerie, à Ornans, furent modestes, eu égard aux faibles ressources pécuniaires dont il disposait, mais son intelligence, son activité, son énergie, son opiniâtreté dans le travail et sa grande probité ne tardèrent pas à lui assurer le crédit nécessaire pour donner à cette oeuvre commencée à Ornans en 1858, un développement extraordinaire et lui assurer un prodigieux succès. Eugène Cusenier mourut en 1894, comblé d’honneurs.

Elisée Cusenier, non seulement du vivant de ce dernier, collabora à l’oeuvre commune en y apportant le précieux concours de sa grande intelligence des affaires et de sa remarquable activité mais, encore après la mort de son frère, eut le rôle prépondérant, accentuant la vitalité de cette vaste entreprise et ne cessant de lui donner de l’extension à travers le monde et d’accroître sa prospérité. Eugène et Elisée Cusenier eurent comme collaborateurs, outre leurs deux frères Jules et Valentin, divers membres de leur famille, notamment, Charles Cusenier, Dumont-Cusenier, Girardot-Cusenier, Authier-Cusenier, Georges Cusenier et enfin Narcisse Cusenier et Louis Tièche, chimiste distingué et cousin des précédents.

Elilsée Cusenier a été directeur général de cette société qui lui doit la création des usines de Marseille et de Buenos-Ayres, entre autres. Il eut l’honneur d’être choisi par ses pairs comme président du jury international des récompenses à l’Exposition universelle de 1900, et fut nommé par le gouvernement membre de la commission extra-parlementaire des alcools.

Or, l’homme qui avait su acquérir une situation aussi enviable était doublé d’un philanthrope. Il a secondé bien des efforts comme il a soulagé bien des infortunes avec une discrétion rare, enveloppant toutes ses bonnes oeuvres de silence.

Par ailleurs, Elisée Cusenier a joué, dans sa région d’origine, un rôle des plus utiles à l’agriculture. Maire d’Etalans pendant plus de vingt ans, il a été un apôtre des améliorations culturales, prônant les défrichements et l’emploi des engrais chimiques et surtout prêchant d’exemple parce qu’il savait très bien que, pour lutter contre la routine, l’exemple a toujours prévalu sur la théorie. Et, ce qu’il a fait dans sa commune, il l’a préconisé à la Société d’Agriculture du Doubs dont il a été pendant une vingtaine d’années le président et à l’Office départemental d’agriculture à la tête il se trouvait également. Avant de mourir, il a institué pour légataires universels de sa grosse fortune évaluée à plusieurs millions, les établissements de bienfaisance de Besançon et il a fait un legs important à l’hôpital d’Ornans.